Ça dégénère
La forêt et les terrains ont été vendus peu de temps avant la faillite de la coopérative. Plusieurs propriétaires de terrains estiment que tout cela sent mauvais. Surtout que 4 des 13 nouveaux propriétaires sont des administrateurs d'APEX, dont Isabelle Saint-Arnaud et Patrick Payette.
Aujourd'hui, De feuilles en aiguilles SENC fait face à un tir groupé. «Ils se sont vendu une trentaine de terrains à une fraction de leur valeur juste avant de déclarer faillite. En plus, ils n'ont plus l'obligation de gérer et de développer le quartier», peste Caroline Duranleau, qui craint que son terrain perde de sa valeur et que tout le volet communautaire de l'écoquartier parte en fumée.
Coût de la transaction: 82 291 $ pour une trentaine de terrains, soit moins de 3000 $ l'unité en moyenne. Comparé au prix de vente «à partir de 15 000 $» qu'on annonçait à la fin de 2009, il s'agit effectivement d'un bon prix de gros.
Quant à la présence d'anciens d'APEX dans la nouvelle entité, loin d'y voir un problème, Jürgen Vogt en avait même fait une condition pour devenir copropriétaire de De feuilles en aiguilles SENC. «C'est eux qui détiennent l'expertise. Et puis, ils sont minoritaires et aucun ne fait partie de l'exécutif.»
Depuis le début de l'année, le syndic de faillite estime que la situation semble légale. «Légale ou pas, on aurait bien aimé avoir la possibilité de racheter en groupe l'écoquartier. Là, on a l'impression d'avoir tout perdu», dit Martin Goulet, l'un des propriétaires de terrain. «On ne voulait pas être 45 dans l'entreprise, répond Élise Vidal, c'est pour cela qu'on n'a pas sollicité tous les résidants.»
Zone non bâtissable
Comme si tout n'allait pas déjà assez mal, la moitié des propriétaires, dont Danielle Surprenant et Martin Goulet, ont appris l'an dernier que leur terrain était situé dans une zone... non bâtissable. Ni le village, ni APEX, ni la notaire n'ont relevé ce problème au moment de la vente. Résultat: impossible de construire dans la partie gauche de l'écoquartier tant que le zonage ne sera pas modifié. Une erreur qui va coûter au bas mot 18 000 $ aux 1300 résidants de Saint-Mathieu-du-Parc, soit le montant payé à la firme d'urbanistes embauchée pour régulariser la situation.
À qui la faute? Sûrement pas aux acheteurs, qui n'avaient aucun moyen de vérifier pareille chose. «L'erreur vient fort probablement d'un inspecteur de la municipalité qui n'a pas réalisé que la moitié du projet d'APEX était en zone forestière», répond Isabelle Lessard, coordonnatrice à l’aménagement à la Municipalité régionale de comté de Maskinongé. «Les modifications ont été approuvées par Québec. Il reste à la municipalité à ajuster son plan d'urbanisme, ce qui devrait être fait dans le courant de l'été», ajoute-t-elle.
Épilogue
- En trois ans, Les habitations APEX auront construit sept maisons
dans l'écoquartier, dont deux avec de sérieux problèmes de construction.
Parmi les cinq clients satisfaits, deux ont été administrateurs d'APEX,
soit Michel Lampron et Royal Saint-Arnaud, le père d'Isabelle. Depuis,
deux autres maisons se sont ajoutées dans le quartier, dont une
partiellement construite par APEX avant la faillite.
- Patrick Payette n'offre plus de garantie obligatoire des maisons neuves.
Cela dit, il peut toujours participer à la construction de maisons,
entre autres avec sa nouvelle société, Les artisans du
patrimoine (9212-6598 Québec Inc.). La license de la Régie du
bâtiment du Québec a été émise le 26 septembre 2009, trois mois avant la
faillite d'APEX.