Introduction

Consommer moins, voilà un crédo qui gagne en popularité au Québec. Réel changement des habitudes de consommation, ou simple tendance passagère attribuable à la crise économique? Difficile de tirer une conclusion définitive.
Pourtant, les résultats du Baromètre 2010 de la consommation responsable mettent en avant un mouvement important de déconsommation. Avec une moyenne provinciale de 67,2 sur 100, cette tendance fait grimper l’Indice de consommation responsable au Québec.
En effet, 51,7 % des Québécois affirment avoir diminué volontairement leur consommation en 2010. Et ça passe avant tout par la réduction de la consommation superflue, puisque 64,4 % ont renoncé à acheter des produits et services dont ils n’avaient pas besoin. En outre, 59,3 % des Québécois indiquent avoir volontairement diminué leur consommation d’énergie et 54,2 % ont réduit leur consommation d’essence.
En fait, «décider de non consommer, c’est affirmer haut et fort qu’on peut satisfaire ses besoins matériels autrement que par des relations d’achats», dit Fabien Durif, professeur à l’Université de Sherbrooke et directeur de l’Observatoire de la Consommation Responsable.
Est-ce que le «consommer moins» s’ancre dans les habitudes québécoises? «Contrairement à des pays comme la France, une autre façon de consommer, comme le troc de biens et de services par exemple, n’a pas encore été développée à grande échelle au Québec», dit Fabien Durif.
Des différences observables
Ce premier Baromètre bouscule les idées reçues quant au groupe d’âge le plus impliqué dans la déconsommation. On y retrouve les 50-59 ans en pôle position. «Fortement critiqués pour leur surconsommation passée, les baby-boomers ont tendance à poser des actions concrètes pour y remédier. C’est une catégorie de personnes très sensibilisées. Toute un surprise pour nous, ce résultat», explique Fabien Durif.
Ce qui l’est moins pour le chercheur: le constat que la génération Y, les 18-29 ans, représente le groupe de consommateurs le moins enclins à freiner leur consommation. «Ils se disent préoccupés, mais passent rarement à l’acte. D’autres études ont mené aux mêmes conclusions», résume M. Durif.
En général, les femmes déconsomment plus que les hommes. Un résultat attribuable au fait qu’elles sont souvent responsables des achats. Le fait d’être moins fortuné ou d’avoir des enfants incite également à moins consommer.
«Pour expliquer ce phénomène, on peut être effectivement tenté d’y voir une conséquence du contexte économique défavorable des deux dernières années. Néanmoins, il faudra attendre de compiler les résultats sur plusieurs années pour savoir si la déconsommation au Québec est une tendance conjoncturelle ou une tendance lourde liée à des préoccupations sociales et environnementales», conclut M. Durif.