Vers de terre: 1, Bactéries: 0
Photo: Stéphan Dussault
En début d’année, nous avons été attirés par un court texte paru dans le quotidien La Presse qui vantait un nouveau type de compostage dans la maison, où ce sont des bactéries qui font le travail. « Pas de vers, pas d’odeur ! » écrit le quotidien.
« Pas de compostage non plus », serions-nous tentés d’ajouter après avoir testé la chose.
En mars, nous avons acheté le Compostgénie, de la petite entreprise ontarienne Cooter Muck. Pour 40 $, vous recevez un bac en plastique et trois sachets de bactéries en granules. Vous mettez vos résidus de cuisine dans le bac, vous épandez une petite couche de bactéries et vous refermez le couvercle étanche.
Pour mieux évaluer ce procédé, nous l’avons comparé avec le vermicompostage. Pendant un mois et demi, notre cuisine a été le théâtre d’un combat épique entre 340 grammes de vers de terre et une pelletée de semences de bactéries.
Dans les deux cas, le but est noble : offrir une solution aux gens qui n’ont pas accès à un terrain pour installer un composteur.
La différence est spectaculaire. D’un côté, les gloutons vers de terre ont transformé en compost une bonne partie des résidus. De l’autre, le travail bactérien est à peine entamé. « Notre produit accélère le processus de compostage », écrit pourtant le commerçant.
De plus, une forte odeur de fermentation se dégage du bac à bactéries quand on l’ouvre pour y déposer les matières végétales. « Ce n’est pas étonnant, puisque le travail d’anaérobie [sans air] du bac à bactéries ne réussira qu’à faire fermenter le tout. Le compostage ne sera jamais complet », assure Lili Michaud, agronome et auteure du livre Tout sur le compost.
Contrairement au terreau issu du vermicompostage, impossible de fertiliser nos plantes avec ce produit nuisible. Alors, que fait-on de cette base fermentée quand on demeure dans un logement ? On la dépose… dans un composteur !
Le Compostgénie est diablement cher pour un produit qui fait le travail à moitié. Car chaque sachet de bactéries coûte 6 $ et dure un mois. « Un bel exemple de greenwashing, dit Lili Michaud. C’est un produit inutile. »