Illustration: Bernard, Mercier, Douin Architectes
La rétrocaveuse qui s’affaire dans le futur quartier de la ville de Québec semble simplement tracer les contours d’une rue en devenir. Il n’en est rien. Les trous qu’elle creuse permettront d’enfouir des tuyaux qui aspireront ordures, matières recyclables et résidus compostables. D’autres trous aux abords des trottoirs se transformeront en bassins pour récupérer l’eau de pluie. Et un peu plus loin, un silo de plus de 20 mètres de hauteur qui semble provenir d’une ferme servira de réservoir aux granules de bois qui chaufferont quelque 800 logements.
«Pour faire du vrai développement durable, il ne suffit pas de bien isoler une maison. C’est ce qui rend ce projet si intéressant», dit Yvan Dutil, ingénieur et coordonnateur scientifique à la Chaire de recherche industrielle des technologies de l’énergie et de l’efficacité énergétique de l’École de technologie supérieure.
Au cœur de la ville
C’est le défi de ce grand chantier de Québec, baptisé la Cité verte. Il s’agit du projet de SSQ Groupe financier, qui compte investir plus de 300 millions de dollars en plein cœur de la ville pour y rénover trois immeubles historiques, dont une église, et y construire huit édifices, surtout de logements en copropriété, ainsi qu’une trentaine de maisons de ville.
SSQ tente ici de faire fructifier une partie des cinq milliards de dollars de ses clients. En 2005, le groupe financier a acquis le terrain de 93 000 mètres2 (environ 300 mètres de large sur autant de profond) d’une congrégation religieuse situé entre l’Université Laval et le Vieux-Québec.
La Cité verte, c’est avant tout le bébé de Jean Morency, pdg de la filiale SSQ Immobilier. Il en rêve depuis 10 ans. Les premiers résidants devraient emménager cet été, et Jean Morency espère terminer son œuvre dans quatre ans. «Le but est de construire autrement», dit celui qui veut y inclure des technologies inédites au Québec.
Marie-Eve Sirois, ingénieure et directrice d’Écobâtiment, organisme de promotion du bâtiment durable, applaudit ces nouvelles technologies, mais rappelle que les plus importants impacts sur l’environnement sont souvent les moins sexy: «Les deux principaux atouts de la Cité verte sont sa situation en zone très urbaine, ce qui limite l’utilisation de l’auto, et le fait qu’on rénove des bâtiments existants, ce qui diminue grandement l’impact environnemental du projet immobilier.»
La Cité verte est loin d’être le seul projet d’écoquartier. On en trouve entre autres à Lachine (Petite Rivière) et à Boisbriand (Faubourg Boisbriand). «Mais la Cité verte demeure le projet d’écoquartier le plus ambitieux à ce jour au Québec», dit Emmanuel Cosgrove, de l’organisme Écohabitation. Nous avons passé en revue cinq des éléments les plus importants du projet.