Photo: www.ecohabitation.com
Pour obtenir des réponses, nous avons temporairement cessé l’édifiante lecture des jugements de la Cour du Québec, qui pointent du doigt les pires acteurs de l’industrie, pour rencontrer les plus idéalistes des constructeurs. En novembre 2010, ceux-ci se sont réunis à Montréal pour discuter des pratiques de construction.
Pendant deux jours, ils ont passé en revue les 13 nouvelles maisons «durables» du laboratoire EQuilibrium, un projet piloté par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) qui consiste à bâtir des maisons à très faible consommation énergétique et à analyser leurs performances. Pour vous donner une idée, la plus énergivore des trois maisons québécoises construites dans le cadre de ce projet coûte à ses occupants moins de 200 $ d’électricité par an.
Voici les cinq éléments que nous avons retenus:
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La carotte: recevoir plus d’aide
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Les consommateurs veulent être verts, mais ils souhaitent être accompagnés et ne pas payer le gros prix. Un sondage effectué pour la SCHL souligne que 65 % des Canadiens jugent que le coût élevé est le plus grand obstacle au choix d’une maison durable.
En début d’année, Ottawa a mis fin à son programme d’aide à la rénovation écoénergétique, et Québec a annoncé l’abolition prochaine de l’Agence de l’efficacité énergétique (AEE).
Selon un acteur du milieu qui désire garder l’anonymat, l’abolition de l’AEE va retarder l’évolution des mentalités dans le milieu de la construction. «Les entrepreneurs me demandent souvent: “Je veux bien modifier mes pratiques et adhérer aux énergies vertes, mais allez-vous encore offrir des subventions dans trois ans?”»
Du côté des énergies renouvelables, l’aide aux consommateurs est inférieure à celle de certains de nos voisins. L’Ontario, par exemple, compte investir 23 milliards de dollars pendant les 20 prochaines années dans les énergies solaire et éolienne. On parle de centaines d’éoliennes vissées dans les fonds des Grands Lacs, mais aussi de subventions pour l’installation de panneaux solaires sur les toits des maisons. Pour aider les consommateurs à allonger les 30 000 $ requis pour de tels équipements, le gouvernement s’engage à racheter, pendant 20 ans, toute l’énergie produite par les panneaux au prix de 80 ¢ le kilowattheure, alors que l’électricité se vend environ 10 ¢/kWh en Ontario.
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Le bâton: payer pour le gaspillage
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Augmenter le prix de l’essence et celui de l’électricité, introduire un tarif pour l’eau potable, bref, faire payer les gens pour les inciter à économiser davantage l’énergie.
Partout, le sujet est délicat puisque très impopulaire. Mais les choses doivent changer, estiment plusieurs.
«Les maisons sont grandes et les autos trop grosses, surtout parce que l’énergie est peu coûteuse», estime Sevag Pogharian, l’architecte qui a conçu la Maison nette zéro Alstonvale d’Hudson, à l’ouest de Montréal, l’un des trois projets EQuilibrium. «Prenez le sac en plastique du supermarché. Tout a changé le jour où on a imposé des frais de 5 ¢ par sac.» La mesure, plutôt symbolique, a quand même eu son effet.
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Les lunettes: changer sa façon de voir les choses
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Tous s’entendent sur un point: l’économie d’énergie et l’écologie ne doivent pas être un fardeau. «Il faut que les gens développent un plaisir dans l’économie d’énergie, le confort accru et la satisfaction du bien construit, au lieu de simplement calculer la rentabilité», poursuit Sevag Pogharian.
Une vilaine pratique, qui concerne même les plus écolos, est de retomber dans ses vieilles habitudes… «Quand ça coûte moins cher d’énergie, on est tenté d’en dépenser plus», constate Bradley Bernèche, président des Maisons Alouette, constructeur de la maison Eco Terra, en Estrie, un autre projet EQuilibrium. Cet effet rebond, on l’observe chez les utilisateurs d’automobiles hybrides, qui parcourent souvent plus de kilomètres qu’auparavant, ou encore chez les résidants, qui montent le chauffage de leurs maisons super isolées.
À cet égard, la maison du Tennessee de la chanteuse américaine Sheryl Crow est un cas. Grâce aux panneaux solaires installés sur le toit, madame économise 40 % en électricité. Le problème: elle vit dans une grande maison qui compte, entre autres, sept salles de bains complètes. C’est plus de 10 000 pieds carrés à chauffer et à climatiser…
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Le marteau du juge: imposer des lois
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Pour ces experts, plusieurs normes actuelles sont incohérentes et pas assez sévères. Par exemple, le code du bâtiment peut imposer des règles élevées d’isolation tout en suggérant des règles minimales de ventilation. Bonjour, les problèmes de santé! Dans certains cas, le ventilateur de salle de bains devra fonctionner en continu pour effectuer un certain échange d’air. Les nouvelles normes sont prévues pour 2011, assure la Régie du bâtiment du Québec, «mais ça fait plusieurs années qu’on les promet pour bientôt», rappelle Bradley Bernèche.
Sevag Pogharian, lui, propose de légiférer notamment pour profiter de l’énergie gratuite. «Par exemple, pourquoi ne pas inclure l’énergie solaire comme condition préalable à l’obtention d’un permis de construction?» Ainsi, la résidence serait au moins orientée vers le sud et le fenêtrage serait minimal du côté nord, où il fait plus froid. «Générer de l’énergie avec des panneaux solaires, ça coûte cher. Mais générer de la chaleur avec le solaire passif, ça ne coûte à peu près rien. C’est sûr que, de la rue, ma maison ne sera pas toujours à son mieux avec les fenêtres de l’autre côté, mais il faut arrêter de juste vouloir paraître», ajoute-t-il.
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Le marteau du constructeur: apprendre à mieux construire
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Bien construire, ce n’est pas si compliqué. Souvent, le problème n’est pas lié à une méconnaissance des bonnes techniques de construction, mais davantage à la désorganisation et au «je-m’en-foutisme». «L’installation d’un simple pare-vapeur peut se transformer en cauchemar», dit Robert Deschamps, président de Constructions Sodero, l’entreprise qui a édifié le triplex Abondance de Verdun, l’autre projet EQuilibrium au Québec. Le pare-vapeur est cette membrane de polyéthylène qu’on pose juste avant les panneaux de gypse. Bien souvent, le plombier le perce pour passer ses tuyaux, l’électricien pour ses câbles électriques et le menuisier en l’accrochant avec son bois, et tout à coup la maison devient pleine de trous et plus vulnérable aux problèmes de moisissures.
L’une des solutions, selon Robert Deschamps: le leadership. «Il faut que les dirigeants transmettent à leurs employés le plaisir lié au travail bien fait. Il faut les mettre dans le coup, les encourager.»