HOI AN, Vietnam - « Thit cho? Vous savez où l’on peut manger de la thit cho? » Le réceptionniste de l’hôtel a paru un peu étonné. Ce n’est pas tous les jours que des étrangers demandent à manger de la viande de chien.
Pour les Vietnamiens, toutefois, c’est tout à fait normal. Le réceptionniste lui-même en mange souvent. « C’est très savoureux, et très bon pour la santé », nous dit-il, avant de nous indiquer le chemin vers un restaurant de thit cho.
Nous partons à vélo, avec les filles sur le porte-bagage derrière nous, dans la direction indiquée. On ne sert évidemment pas de viande de chien dans les endroits touristiques. Nous quittons le centre historique de la petite ville de Hoi An et devons demander plusieurs fois notre chemin en route. Nous raffinons notre prononciation: « Thit cho? » Les Vietnamiens nous regardent chaque fois avec un air amusé, en nous montrant la bonne direction.
Après avoir pédalé dans un dédale de ruelles et traversé une rizière, guidés par un motocycliste serviable, nous arrivons au resto en question, une cabane aux murs de bambou et toit de tôle. On sent déjà le fumet que dégage le meilleur ami de l’homme. Deux tables garnies de plats sont occupées par des clients, tous des hommes. ll faut dire que la viande de chien est supposée améliorer la libido et la virilité. Les hommes d’affaires en sont friands parce qu’elle est aussi censée apporter la bonne fortune, si on la consomme dans la deuxième partie du mois lunaire (superstition, quand tu nous tiens...).
L’irruption de notre petite famille crée l’hilarité générale sur les lieux. Personne ne parle anglais, mais on réussit à faire comprendre à la tenancière que nous voulons d’abord visiter la cuisine. Nous suivons la cuisinière, Nguyen Thi Viên, dans sa salle de séjour/chambre à coucher jusqu’à son réchaud. Là, elle soulève le couvercle d’un chaudron pour nous montrer le ragoût de chien qui y mijote. L’odeur est âcre, désagréable. Les filles ne veulent même pas regarder.
Goût de controverse
Lorsque j’ai choisi d’aborder ce sujet pour Protégez-Vous, j’étais décidée à goûter la viande de chien, pour en parler en toute connaissance de cause, même si je l’aurais fait du bout des lèvres. Mais quelques recherches préliminaires sur Internet m’ont fait changer d’idée.
J’y ai appris que la consommation de chien est liée à l’éclosion de quatre épidémies de choléra ces dernières années dans le nord du Vietnam. Que des Vietnamiens sont morts de la rage après avoir préparé de la viande de chien. Que les chiens sont tués à coups de bâton sur la tête. Que des contrebandiers attrapent des chiens errants ou volent des animaux de compagnie à leurs propriétaires dans le nord de la Thaïlande, pour les amener au Vietnam, où la consommation de chien est en hausse au sein de la classe moyenne, de plus en plus nombreuse à pouvoir se payer ce mets de luxe (environ 8$ par plat).
Moi qui étais déjà réticente à planter ma fourchette dans un animal que plusieurs considèrent comme un ami, ces informations m’ont complètement dégoûtée. Déjà qu’à notre première journée au Vietnam, nous avions été horrifiés de voir une dizaine de chiens entassés les uns sur les autres dans une petite cage, à l’arrière d’une moto, en route vers une casserole.
C’est sûr que les poulets subissent le même sort, mais on n’a pas la même relation avec eux qu’avec un toutou. Je n’aime pas particulièrement les chiens, mais je n’irai pas jusqu’à les manger!
Je n’ai pas échangé toutes ces réflexions avec Mme Thi Viên, qui croyait pouvoir me convaincre en sortant de sa glacière des morceaux de chien, tous plus alléchants les uns que les autres: les cuisses, les pattes, les intestins (en saucisses), la queue (très recherchée, semble-t-il). Mais elle n’avait pas les oreilles, une partie aussi très en demande. Voyant que je ne semblais pas très enthousiaste, elle a tenté une autre stratégie: elle m’a tendu, entre ses baguettes, un morceau de son ragoût de chien...
J’ai hésité, mais j’ai finalement pris la bouchée, caoutchouteuse et enrobée de sauce piquante. Ça m’a fait penser à du boeuf. Sauf qu’une heure plus tard, j’avais l’impression d’avoir encore le morceau en travers de la gorge...
D’autres pays d’Asie, comme la Corée et la Chine, font aussi boucherie de toutous. Mais cette pratique est de plus en plus controversée. Au Vietnam, une pétition en ligne a été lancée récemment pour demander au gouvernement d’interdire la consommation de viande de chien.
Mais je vois tout de même un avantage à cette pratique: parmi les pays d’Asie que nous avons visité jusqu’à maintenant, le Vietnam est le seul qui ne semble pas avoir de problème de chiens errants.