Photo: Marco Fortier et Isabelle Ducas
Sonam Lama, le moine en chef du monastère de Nehnang,
vient d’installer des panneaux solaires pour alimenter
son monastère en électricité.
NÉPAL - Au monastère bouddhiste de Nehnang, en banlieue de Katmandou, les moines prêchent la bonne nouvelle environnementale, en plus de la prière et l’étude.
Le moine en chef, Sonam Lama, est revenu gonflé à bloc d’une récente formation à la maison-mère de son ordre, en Inde, qui incitait les moines à rendre leurs monastères plus verts.
On leur demandait aussi de devenir des leaders pour conscientiser leurs concitoyens au respect de l’environnement.
Lors de notre visite à son monastère, à Bouddhanath, en décembre dernier, Sonam Lama nous a montré la petite «bible» verte reçue des mains de son chef, le Karmapa. Un livret intitulé «108 choses que vous pouvez faire pour aider l’environnement» - le chiffre 108 est sacré pour les bouddhistes.
On y retrouve des conseils bien connus comme utiliser moins de papier et moins de plastiques, composter et éteindre les lumières, mais aussi des moins banals, adaptés à la réalité népalaise. Par exemple, le conseil numéro un suggère de prier pour la terre et pour que les humains changent leur comportement.
Le numéro neuf, de faire des choix santé pour les offrandes, comme donner des fruits plutôt que des sucreries, et des plantes plutôt que des fleurs coupées – les dévots laissent de tels dons devant les temples pour rendre hommage à Bouddha.
On conseille aussi d’utiliser les biogaz provenant des excréments humains et animaux comme source d’énergie, de se servir d’une chaudière plutôt qu’une douche pour se laver et de recycler les khatas de soie - les foulards offerts aux moines par les dévots – puisque les vers à soie meurent lors de la fabrication de ce tissu délicat. Le guide suggère de planter des arbres, de ne pas jeter de déchets dans les rivières, de covoiturer et d’utiliser de l’énergie propre.
Enthousiaste, Sonam Lama a entrepris une foule de projets au monastère de Nehnang. Il a banni les sacs de plastique, a commencé un programme de compostage, a installé des bacs de recyclage dans la cour et change les ampoules pour des modèles moins énergivores. Il a installé des panneaux solaires sur le toit pour fournir le monastère en électricité – de toute façon, le réseau public tombe en panne plusieurs heures par jour. Il n’a pas l’intention de s’arrêter là: «Les moines utilisent beaucoup de papier, alors je veux que nous puissions recycler nous-mêmes notre papier», explique-t-il.
Défi colossal
Les changements à l’intérieur des murs de l’institution sont assez faciles à implanter. Mais à l’extérieur, un défi colossal attend Sonam Lama. Il a commencé à parler à ses voisins de protection de l’environnement, mais ceux-ci font la sourde oreille. Les Népalais ont des années-lumière de retard en matière d’environnement, et même tout simplement de propreté. Les rues sont jonchées de détritus, le moindre terrain vague devient le dépotoir du voisinage, où les vaches sacrées, qui se promènent en liberté, cherchent de quoi se mettre sous la dent. Il faut dire que le ramassage des déchets ne se fait que sporadiquement. Il est régulièrement perturbé par des grèves ou des problèmes de gestion.
Les rivières qui coulent dans Katmandou sont des égouts à ciel ouvert. La moitié de la population n’a pas accès à des toilettes et fait ses besoins dans la nature, avec tous les problèmes de contamination que cela occasionne. Chaque jour, une quarantaine d’enfants meurent de diarrhée ou d’autres infections transmises par l’eau.
Le Népalais moyen survit avec moins de 200 $ par année. La moitié de la population est illettrée. On peut comprendre que, quand on a le ventre vide, l’environnement est le dernier de nos soucis...
Mais Sonam Lama est bien décidé à transmettre son message vert. Il commence par des gestes simples. Il a distribué des sacs en tissu à ses voisins pour les inciter à réduire leur consommation de plastique. Et il a affiché des messages dans le quartier pour demander aux gens de ne pas jeter leurs déchets dans les rues. Enfin, peut-être cela sera-t-il efficace pour ceux qui savent lire...