Photo: Isabelle Ducas et Marco Fortier
BANGKOK, Thaïlande - Avant même le chant du coq, les trottoirs de notre quartier se transforment en cuisine à ciel ouvert.
Des dizaines de marchands ambulants viennent installer leurs réchauds au gaz, leurs parasols et leurs grandes glacières, toujours au même endroit. Les tables et les chaises envahissent le trottoir, et parfois même la chaussée.
Des odeurs d'huile à friture, d'oignon, de basilic, de poulet, de crevettes, de poisson, de lait de coco, d'œufs frits et de pain grillé emplissent l'air doux du matin et se faufilent jusqu'à la fenêtre de notre chambre.
Quand on met le nez dehors, les passants ont déjà pris d'assaut tous les restaurants en plein air de notre ruelle du vieux quartier de Bangkok. On fait comme tout le monde: on prend place à l'un des kiosques et on commande un déjeuner. Les Thaïlandais engouffrent une soupe aux nouilles, les touristes choisissent le combo yogourt, fruits frais, céréales et miel avec thé vert et oeufs à la coque.
Le midi et le soir, le menu propose plutôt du riz frit au poulet, aux crevettes ou au tofu, du curry au lait de coco et basilic ou encore du poisson grillé. Dans tous les cas, la facture dépasse rarement 1 $ par personne. Une aubaine.
«Ici, tout le monde mange dehors. La cuisine de rue est tellement bonne et abordable que les gens se font rarement à manger chez eux», me raconte Donald, un Californien qui vit à Bangkok depuis une décennie.
Loin de Montréal
Tout un contraste avec Montréal, où les marchands ambulants de nourriture sont carrément interdits et les terrasses en plein air, sévèrement limitées.
À Bangkok, tout est permis: il suffit de soudoyer la police pour réserver un emplacement sur la voie publique, m'explique Joh, une commerçante de la ruelle Soi Rambuttri.
Voilà pourquoi chaque vendeur reprend exactement le même coin de trottoir tous les matins. La police se laisse acheter, mais fait quand même régner l'ordre!
Imaginez, on peut même boire une bière en plein trottoir, sans la cacher de façon ridicule dans un sac en papier brun, comme chez nous. Excellent avec un curry ou un riz frit toujours vite et bien préparés. Frais? Probablement. On n'a jamais été malades.
Bien sûr, il faut apprécier la compagnie des chiens errants, des lézards, des coqs, des poules et même des rats, morts ou vivants. Il y a des rats partout ici. Mais on ose croire qu'il n'y en a jamais eu dans nos assiettes...
De toute façon, les gens sont trop occupés à manger, à placoter, à faire leurs devoirs ou même à regarder la télé — oui, sur le trottoir — pour se préoccuper des petites bestioles qui leur tournent autour.