Photo: Marco Fortier et Isabelle Ducas
BANGKOK, Thaïlande - Un jour, une gentille dame thaïlandaise nous aborde sur le trottoir pour jaser. Elle est chic, maquillée, talons hauts, parfaitement coiffée.
— Cherchez-vous quelque chose?
— Oui. Le célèbre hôtel Oriental, situé près d'ici.
— Je travaille à l'hôtel Oriental. Il n'y a pas grand-chose à voir le jour. Vous devriez y aller le soir. Ça vous donnera le temps de vous changer, les bermudas ne sont pas admis à l'hôtel Oriental.
De fil en aiguille, la dame s'informe de nos projets. On veut aller à Ko Chang. Je connais une agence de voyage près d'ici. C'est une agence du gouvernement, vous n'aurez pas de soucis.
Tiens, voici justement un touk-touk qui peut vous emmener à l'agence pour pas cher: 10 bahts (33 cents). Une aubaine!
Le touk-touk nous emmène à l'agence et attend à la porte. Un commis nous offre un billet d'autobus aller-retour, plus le transfert sur l'île de Ko Chang en traversier, pour 900 bahts (30 $) par personne. Les enfants à moitié prix.
Ça nous semble cher. On va y penser. Tiens, le touk-touk s'en va...
Pièges à touristes
On venait d'échapper de peu à un des pièges à touristes les plus répandus à Bangkok: «l'arnaque du touk-touk».
Quand un conducteur de touk-touk vous promène en ville pour une bouchée de pain, c'est qu'il fera son profit autrement.
Il touchera une commission en vous faisant acheter des billets d'autobus hors de prix, par exemple. Ou il vous fera faire la tournée des boutiques de ses amis et touchera une commission sur chacun de vos achats.

Un conducteur de touk-touk attend des clients avec le sourire.
La gentille dame à talons hauts touchera elle aussi sa commission. Des milliers de touristes — et aussi des Thaïlandais — se font prendre chaque année dans toutes sortes d'arnaques semblables créées par des artistes de la manipulation.
«Avec la crise économique, de plus en plus de Thaïlandais ont de la misère à joindre les deux bouts. Il y a toujours eu des arnaques de la sorte, mais le nombre de cas est à la hausse», explique un Canadien installé à Bangkok depuis cinq ans.
En Asie, les crimes violents restent rares. Vous ne vous ferez pas voler votre argent à coups de bâton en pleine rue, mais les gens feront preuve d'imagination — beaucoup d'imagination — pour vous soutirer quelques dollars.
Prenez par exemple l'arnaque du pigeon. À la sortie du Grand palais de Bangkok, une vieille dame vend des sacs de graines pour les pigeons. Les touristes adorent photographier les milliers de pigeons qui s'envolent tous ensemble.
J'avais flairé l'arnaque, mais pas nos filles de 4 et 6 ans, tenaient à tout prix à nourrir les pigeons.
«Papa, la madame nous a donné les graines!»
Venez les filles, on s'en va. Le site Web du Bangkok Post a rapporté la suite habituelle de l'arnaque: la vieille dame vous force à prendre ses graines.
Elles vous les met dans les mains, dans votre sac, dans vos poches. Puis elle vous demande 200 bahts (7 $ environ) pour ses foutues graines qui ne valent pas 10 cents. Si vous la payez, un ou une complice arrive et vous demande aussi 200 bahts: nous sommes associés, elle et moi.
Vous refusez de payer? Elles crient, gesticulent, vous traitent de voleur devant tout le monde. Vous finissez par acheter la paix. Le sac de graines dont vous ne vouliez pas vient de vous coûter 14 $.
La police impliquée
Certains doivent payer pas mal plus cher pour acheter la paix. Un couple de Britanniques s'est fait extorquer 8000 livres (près de 15 000 $) dans une sordide histoire impliquant des agents de sécurité de l'aéroport international de Bangkok, des policiers et des procureurs de la Couronne.
Ils ont été victimes de «l'arnaque du vol à l'étalage». Alors qu'ils s'apprêtaient à prendre un avion pour Londres, en avril 2009, ils ont été arrêtés à tort pour vol à l'étalage au magasin hors-taxes King Power.
Ils ont été remis à la police, qui les a confiés à un obscur personnage dans un motel minable près de l'aéroport.
Le couple a été libéré quatre jours plus tard, après avoir payé à ses ravisseurs deux fois 4000 livres sterling, soit un total de 13 200 $, rapporte le Sunday Times.
D'autres exemples de fraudes fréquentes?
- L'arnaque du karaoke: un homme se retrouve avec une facture de 47 000 bahts (plus de 1500 $) après avoir passé une simple soirée à boire de la bière dans un bar à karaoke. Et s'il ne paye pas, des gros bras l'attendent à la porte pour lui arranger le portrait.
- L'arnaque de la motomarine: un touriste loue une motomarine. Au retour, le gars de l'agence de location fait les gros yeux: «Tu as égratigné ma motomarine. C'est 5000 $.»
- La meilleure, c'est l'arnaque des bijoux. Un bijoutier vous vend un diamant «authentique» à prix modique en promettant que vous le revendrez 10 fois plus cher dans votre pays. Évidemment, le bijou est un faux.
Ah oui, j'oubliais: le billet d'autobus et de traversier que l'agence du touk-touk nous offrait à 900 bahts. On l'a eu pour 250 bahts après avoir magasiné.
Et on n'a pas eu besoin de conducteur de touk-touk pour le trouver.