Introduction
Photo: Réjean Poudrette
Pierre Martel a commencé à jouer aux cartes à 14 ans. Depuis, c’est la passion. Jusqu’à tout récemment, il quittait le Québec au moins une fois par mois pour aller jouer au poker dans les casinos américains et canadiens.
Au Québec, le poker a connu un essor fulgurant depuis le lock-out de la Ligue nationale de hockey en 2004. Au lieu des matchs, les chaînes de télévision ont diffusé des parties de poker. Mais l’engouement est international.
Aux États-Unis, en Europe ou ici, les cartes et les jetons se vendent comme des petits pains chauds. Les célébrités étalent sans complexe dans les médias leurs milliers de dollars gagnés à Vegas, paradis du jeu. Le World Poker Tour et le World Series of Poker, championnats quasi inconnus il y a quelques années, sont devenus aussi populaires que l’US Open de golf ou le Grand prix de formule 1. Même Internet s’y est mis en offrant des tournois virtuels auxquels on accède par claviers interposés.
Certains se réjouissent que Loto-Québec introduise dans ses casinos le Texas Hold’em, une populaire variante du poker; c’est le cas d’André Boyer, de l’Association des joueurs de tournois de poker du Québec.
D’autres s’en inquiètent et craignent notamment qu’il gagne la ferveur des jeunes. En 2004, l’Enquête québécoise sur le tabac, l’alcool, la drogue et le jeu chez les élèves du secondaire a montré que 45 % d’entre eux ont participé à des jeux de hasard ou d’argent dans les 12 mois précédents. Presque 9 % des jeunes de 12 à 17 ans ont déjà des problèmes de jeu.
La mode du poker n’est donc pas pour rassurer les experts du jeu pathologique, comme Isabelle Martin, du Centre international d’étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes, de l’Université McGill. D’autant plus que Loto-Québec, en plus d’implanter le poker avec croupier dans ses casinos, a fait une demande de certification afin d’y installer également des tables de poker automatisées.
Or, disent les experts, le fait d’être seul devant la machine risque d’attirer davantage les joueurs pathologiques. Voici les points de vue d’une chercheuse et d’un passionné de poker.