Entrevue avec la ministre de la Famille, Yolande James
Au moment où nous entamions ce reportage sur la qualité des services de garde, en mai dernier, le premier ministre Jean Charest congédiait le ministre de la Famille Tony Tomassi, en raison d’allégations de partisanerie pour l’octroi de permis de garderies privées. Il a confié ce ministère à une étoile montante au cabinet, Yolande James, 33 ans, déjà ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles. Protégez-Vous l’a rencontrée en juin à ses bureaux du Vieux-Montréal.
En 2003, l’enquête Grandir en qualité, commandée par le gouvernement, pointait la qualité déficiente des garderies privées. Est-ce que la situation s’est améliorée ?
Tout d’abord, ce sont les mêmes exigences pour tout le monde. En 2003, le gouvernement du Parti Québécois a fait le choix des CPE [centres de la petite enfance] à tout prix et n’a pas développé les garderies privées. Mais c’est le parent qui choisit. J’en connais plusieurs qui sont satisfaits de leur garderie privée.
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Photos: Réjean Poudrette
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Depuis 2003, le privé a reçu davantage de nouvelles places subventionnées que les CPE.
De 1997 à 2003, le gouvernement du Parti Québécois ne voulait pas développer le privé. Donc, c’est normal de voir sa part augmenter, puisque c’était stagnant jusqu’en 2003. Ça ne veut pas dire que nous arrêtons de travailler avec les CPE et le milieu familial, bien au contraire.
Comment expliquez-vous que l’an dernier plus de 60 % des plaintes envoyées au ministère concernent des garderies privées, qui ne représentent pas 20 % du marché ?
Il y a plusieurs choses. Tout d’abord, en 2003, la grande majorité des plaintes concernaient la surtarification. Nous avons adopté un règlement à ce sujet. Depuis, c’est « tolérance zéro ». De plus, les parents ne se plaignent pas de la même façon. Au CPE, on s’adresse souvent au conseil d’administration, alors qu’au privé on appelle plus souvent au ministère. Dans tous les cas, le but est de répondre aux besoins des parents.
L’enquête Grandir en qualité indique pourtant qu’il y a davantage de problèmes dans le privé…
Il faut faire très attention à ça. Il y a un réseau et plusieurs partenaires. Ce n’est pas vrai que nous allons laisser un partenaire offrir un service de moindre qualité qu’un autre. Mon rôle de ministre, c’est de m’assurer que les services sont de la même qualité pour tous. Mais au moment où on se parle, je ne dirais pas qu’il y a un moindre service dans une partie du réseau.
Que pensez-vous de l’évolution du réseau de garderies depuis cette enquête ?
Tout d’abord, je suis fière et impressionnée du réseau. Partout dans le monde, on nous cite en exemple. Le baby-boom de 2006, c’est le fruit de politiques familiales généreuses. Le réseau des services de garde a évolué énormément et rapidement. Si nous sommes aujourd’hui un modèle, c’est parce que nous avons pris de bonnes décisions. Qu’on parle de garderies privées, de CPE, de milieu familial ou de garde chez soi, c’est le parent qui doit avoir le choix.
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Le gouvernement augmente le nombre de places en garderies subventionnées, mais on fait de plus en plus d’enfants. Résultat : l’accessibilité diminue depuis quelques années.
Avec le baby-boom, nous sommes un peu victimes de notre succès. Nous avons pris l’engagement de développer 15 000 places d’ici la fin de notre mandat et c’est ce que nous allons faire. On est capables de développer des places de qualité avec l’ensemble du réseau. Pour le budget, nous avons des décisions importantes à prendre pour notre avenir. C’est important de continuer le développement de la politique familiale.
Il n’y a que 18 inspecteurs pour presque 2 000 CPE et garderies privées. Plusieurs observateurs trouvent que c’est trop peu pour faire respecter la réglementation.
Sur le plan des inspectrices [ndlr : la majorité sont des femmes], je souhaite qu’on en ait davantage pour améliorer la situation. Ça fait partie des choses sur lesquelles nous travaillons actuellement. Notre vision, c’est d’être capables d’assurer la qualité et que les parents aient une entière confiance dans notre réseau.
Depuis 2009, le site Web du ministère publie les résultats des inspections. Mais les parents nous disent avoir de la difficulté à évaluer la réelle conséquence d’une entorse à tel ou tel règlement. Pour simplifier la lecture, songez-vous par exemple à noter les services de garde ?
C’est une des premières choses que m’ont mentionnée les gens que j’ai rencontrés quand j’ai été nommée ministre de la Famille. Il y a des améliorations à apporter à la façon dont on présente l’information. La difficulté, c’est de donner une information utile et juste sur la situation actuelle, parce qu’il faut aussi songer à la réputation de ces services de garde.