«Avec ce type de jouets, ce n’est pas l’enfant, mais le jouet qui joue.»
Pas écolos ni super-héros
Les produits à piles sont souvent un peu plus chers que les autres jouets et les grands-parents, les parrains et les marraines peuvent être tentés de les offrir en cadeau. Mais ce ne sont pas tous les parents qui se réjouiront d’avoir à endurer leur «cassette» et à changer les piles régulièrement. «On n’est pas du tout dans le développement durable, et les coûts vont augmenter à mesure que l’enfant va jouer», déplore Rolande Filion, psychopédagogue, professeure au Cégep de Sainte-Foy et coauteure du système ESAR, un outil reconnu mondialement qui sert à classer et à analyser sous un angle psychologique les jeux et les jouets.
Mais le plus important, selon Mme Filion, c’est que, «avec ce type de jouets, ce n’est pas l’enfant, mais le jouet qui joue. On souhaite rendre les enfants actifs sur les plans intellectuel et physique, mais on leur offre des jouets qui agissent, font des sons et donnent les réponses à leur place. La base de l’intelligence, c’est d’être en interaction avec son environnement, d’agir sur lui et de réfléchir à ce que l’on fait», rappelle la psychopédagogue qui a travaillé dans des ludothèques aux quatre coins de la planète. Elle précise que, pour stimuler le développement psychomoteur complet de l’enfant, il est primordial que ce dernier puisse poser des gestes et constater qu’il est la cause des effets produits, qu’il s’agisse d’imiter un bébé qui pleure ou d’écouter le son d’un objet qu’il vient de secouer.
S’intéressant de près à la stimulation des tout-petits, Mme Filion fait remarquer qu’en les plongeant de façon continue dans un univers sonore et visuel ce genre de jeu finit par les fatiguer au lieu de les stimuler. «À l’extrême, un enfant qui n’aurait que de tels jouets ne serait plus actif», caricature-t-elle.
La polyvalence: un critère gagnant
Pour Francine Ferland, ergothérapeute et professeure émérite de l’Université de Montréal, la principale faiblesse des jouets à piles réside dans leur manque de polyvalence: «L’enfant va s’en désintéresser très vite, parce qu’il n’y a qu’une façon de s’amuser avec ce matériel-là, contrairement aux blocs, par exemple: l’enfant de six mois en mettra un dans sa bouche; plus tard, il pourra construire une tour de trois blocs; et éventuellement, il en fera une piste pour son vaisseau spatial. Le jouet polyvalent vieillit avec l’enfant, parce que celui-ci l’utilise de manière différente à mesure qu’il évolue.»
On s’entend: qu’un enfant possède un ou deux jouets à piles ne mettra pas en péril son développement; et cela peut même être fort pratique à l’occasion. «Les parents ne peuvent pas toujours être à côté de leurs petits, fait remarquer Danielle Charbonneau. Et ce sont des jouets avec lesquels un enfant peut s’amuser tout seul dans l’auto, ou lorsqu’on attend au restaurant ou chez le médecin. L’important, c’est la variété. On en revient toujours à ça», conclut-elle.
Le système ESAR
Selon le système ESAR, utilisé dans les garderies et les ludothèques pour classifier les jouets, l’être humain apprivoise le jeu en quatre grandes étapes:
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1. Le jeu d’exercice (éveil des sens, manipulation)
Mobile, barre d’éveil, hochet, xylophone, ourson en peluche, corde à danser, bicyclette, objets roulants, certains jeux vidéo, etc.
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2. Le jeu symbolique (faire semblant)
Poupées et accessoires représentant des objets réels, marionnettes, figurines, ferme miniature, matériel de dessin, pâte à modeler, etc.
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3. Le jeu d’assemblage
Lego, assemblage de pièces mécaniques de type Meccano, casse-têtes, enfilage de perles, mosaïque, assemblages électroniques, etc.
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4. Le jeu de règles
Jeu de loto, jeux des familles, Serpents et échelles, Monopoly, babyfoot, jeux de hockey, quilles, tennis, jeux de hasard (cartes, dés, comportant une pige), etc.
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