Chaque jeu en son temps
Le jeu se transforme à mesure que l’enfant évolue. «Le bébé n’a pas besoin de s’amuser avec d’autres, et c’est sain. Mais il vient une étape où il est essentiel pour l’enfant de jouer avec ses semblables, parce qu’il se construit en confrontant ses idées et en se socialisant», précise Rolande Filion.
Pour savoir à quel moment il est souhaitable d’introduire tel ou tel type de jeu, la psychopédagogue conseille aux parents et aux éducateurs d’être à l’écoute et d’observer. «Quand mes enfants se sont mis à jeter par terre les jouets que je mettais sur leur chaise haute, j’ai compris qu’il était temps que je leur achète des jeux de billes qui glissent et qui roulent; ils venaient de m’indiquer qu’ils étaient rendus là.»
Si l’âge ne doit pas servir de repère absolu, connaître les grandes étapes du développement normal aide à comprendre pourquoi, par exemple, un enfant d’âge préscolaire n’est pas disposé à suivre les règles de son jeu de loto. «Ce n’est que vers quatre ou cinq ans qu’un enfant commence à avoir du plaisir à suivre une consigne ou deux, mais c’est encore tôt, prévient Mme Filion, parce qu’il est au début de sa socialisation.» Francine Ferland ajoute que «le besoin de satisfaction immédiate du jeune enfant fait qu’il perd tout intérêt lorsque le jeu est trop long». Mais rien n’empêche de le laisser s’approprier l’activité comme il l’entend, ou d’assouplir les règles s’il a commencé à les comprendre.
Cela dit, l’ergothérapeute, qui est justement l’auteure d’un livre sur le jeu dans la vie de l’enfant, met les parents en garde de surestimer les habiletés de leur petit, en lui proposant des jeux conçus pour un âge plus avancé. «L’enfant risque fort de les délaisser, parce qu’il les trouvera trop difficiles. Et au moment où il aura l’âge de jouer avec, il les aura tellement vus qu’il n’aura plus le goût de recommencer.»
Quelques repères
Source: Francine Ferland, Et si on jouait?: le jeu durant l’enfance et pour toute la vie, Collection CHU Sainte-Justine pour les parents, Montréal, 2005.
S’amuser à faire semblant
En plus du jeu conventionnel, il y a aussi le jeu du «faire semblant» ou le «jeu symbolique», qui consiste à «se mettre à la place de» ou «à faire comme si». Au commencement du jeu symbolique, vers aussi tôt que deux ans, l’enfant a tendance à se définir comme le comédien, alors que plus tard, il aimera se mettre dans la peau du metteur en scène.
Marquant les premiers balbutiements de la pensée abstraite, cette activité créative permet aux habiletés à la fois langagières et sociales d’avancer à la vitesse grand V. «En construisant des scénarios, l’enfant commence à élaborer des structures linguistiques parfois très complexes: il parle au conditionnel, gère plusieurs scénarios en même temps, etc., décrit Mme Filion. En parallèle, ces jeux l’aident à sortir de son égocentrisme de bébé.»
Pour préserver l’élan créatif de l’enfant, il faut surtout éviter les phrases du genre: «Voyons, pourquoi fais-tu semblant que c’est une pomme? Tu vois bien que c’est une balle!» Parce qu’humour et créativité sont étroitement liés à la capacité d’adaptation et, comme le souligne Mme Ferland, «un enfant qui a développé ces aptitudes sera probablement en mesure de résoudre un problème avec beaucoup plus d’ingéniosité».