Du côté des petites filles
Quiconque se promène dans les magasins le remarquera: le rose domine au rayon des jouets pour filles. Et qui dit rose dit douceur, gentillesse, coquetterie et charme. Le site Pink Stinks, qui s’est donné pour mission de dénoncer les stéréotypes féminins, en a ras le bol: les modèles qu’on propose aux filles se limitent pour la plupart – si on exclut Dora L’exploratrice et les Barbie vétérinaire, enseignante ou sportive – à parader et à plaire.
Soumises à un marketing insidieux qui leur propose soutien-gorge rembourré, string et maquillage, les fillettes tendent à devenir des femmes avant l’heure. Il faut dire que tout autour d’elles – magazines, vidéoclips, mode, publicité, vedettes populaires – les pousse à tenir le rôle de poupée de luxe. « Les adultes contribuent, parfois naïvement, à les sortir de l’enfance en achetant des produits qui ne correspondent pas à leur âge, et ce sous prétexte de leur faire plaisir », explique Francine Duquet, Ph.D. et professeure au Département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
Résultat: très tôt, les jeunes filles se définissent comme des objets sexuels, explique Lilia Goldfarb, directrice du Service du leadership au Y des femmes de Montréal: «Les poupées qu’on propose aux filles sortent toutes du même moule: elles portent minijupes et talons hauts, sont maquillées et prennent des poses passives, elles sont aussi ultraminces et portent les cheveux longs.» Bref, les modèles qu’on donne à voir aux fillettes manquent cruellement de diversité. «Et c’est tellement normalisé qu’on ne le voit plus», s’exclame Lilia Goldfarb.
On veut toutes être des princesses, non?
Toutes les petites filles veulent être des princesses. Ce n’est pas nouveau. Les diadèmes et les paillettes ont toujours eu la cote.
Ce qui trouble les observateurs, c’est que les Belle au bois dormant d’aujourd’hui veulent l’être du matin au soir, partout et tout le temps: «Disney, par exemple, n’offre pas moins de 50 000 produits reliés à l’univers des princesses! Ce n’est plus une création de l’imaginaire des enfants, les modèles sont soigneusement construits et les histoires, déjà scénarisées», note Lilia Goldfarb, du Y des femmes de Montréal.
«Il existe des périodes où l’intérêt des enfants se porte sur un seul objet, par exemple les princesses ou les dinosaures. Mais le côté passif de la princesse tranche avec le côté plus actif de l’explorateur qui grimpe dans les arbres et s’intéresse à tous les types de dinosaures. Curiosité et apprentissage sont suscités chez lui. Jouer à la princesse n’a rien de mal en soi, mais quand tout tourne autour de l’apparence ou de la coquetterie pour la fillette, ce n’est pas sain», dit Francine Duquet, de l’UQAM.
Heureusement qu’il y a Dora!