Dédramatiser la situation
Pour les parents, la première étape consiste donc à dédramatiser la situation. Le laisser gagner? Pourquoi pas? Surtout quand il est tout petit… C’est un tel plaisir de le voir heureux! Cependant attention, cela ne doit pas devenir une habitude.
«Ce n’est pas parce que c’est le plus jeune qu’on doit systématiquement le laisser gagner, estime Isabelle Dupuis, éducatrice en milieu familial à Montréal depuis une dizaine d’années. Pour ma part, je m’attache toujours à rappeler l’objectif principal d’un jeu: le plaisir. Je félicite tous les participants et souligne que tout le monde est gagnant, car tout le monde s’est amusé.»
Son conseil en cas de crise: mettre le mauvais perdant à part et attendre qu’elle passe, pour ensuite discuter calmement avec lui. On peut notamment le rassurer avec des paroles comme: «La prochaine fois, ce sera peut-être toi le gagnant»… Bref, l’objectif principal est d’arriver à éliminer la pression gagnant/perdant qui pèse sur ses épaules.
C’est comme dans la vraie vie!
Autre piste pour couper la poire en deux: faire en sorte que l’enfant «reste dans le jeu» un certain temps sans pour autant le laisser gagner au final. Pourquoi? Parce que perdre, c’est apprendre aussi! L’éducatrice rappelle à ce chapitre que ressentir des émotions, négatives comme positives, fait partie de la vie: «On ne peut éviter la déception à son enfant constamment, car c’est aussi grâce à elle qu’il apprend. De plus, que se passera-t-il plus tard, pour celui qui est habitué à ce qu’on le laisse toujours gagner? Le jour où il sera confronté à l’échec, ça risque d’être très pénible pour lui…»
Un point de vue que partage Sandra Rafman, psychologue clinicienne et pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants: «L’enfant doit comprendre que, dans la vie, on ne gagne pas tout le temps, mais aussi que gagner n’est pas la seule façon d’être bon. Les parents peuvent mettre en avant ses autres succès et qualités personnelles, ou encore expliquer qu’il existe d’autres valeurs dans notre société.»
C’est enfin une belle occasion pour les parents de partager leurs souvenirs et de communiquer sur ce qui est important à leurs yeux, comme les valeurs que la famille veut transmettre, les façons de faire face aux défis de l’existence ou encore les méthodes à utiliser pour se sentir mieux quand les vents nous sont défavorables. En clair, une situation problématique au départ peut être transformée en quelque chose de constructif et de positif, à condition de choisir les bons mots.
Et si ça dure?
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Au-delà d’un certain âge, soit vers sept ou huit ans, il n’est pas normal que le phénomène se prolonge.
Si l’enfant a beaucoup de mal à supporter l’échec, et ce malgré les
années qui passent, il faut peut-être s’inquiéter. «S’il se fâche avec
ses amis chaque fois qu’il perd ou s’il pleure parce qu’il n’a pas eu un
A à l’école par exemple, c’est qu’il met toute la valorisation de soi
là-dedans. Il peut être utile alors de consulter un spécialiste, comme
un psychologue», conseille Sandra Rafman.
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