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FAIR se porte à la défense des petits investisseurs

Par Frédéric Perron

Mise à jour : 23 novembre 2009

La Fondation canadienne pour l'avancement des droits des investisseurs a du pain sur la planche: elle veut encourager la création d'un fonds d'indemnisation pour les victimes de fraudes et améliorer l'info sur les produits d'investissement.

De gros noms des milieux financiers siègent sur le conseil d'administration de l'organisme fondé l'automne dernier, notamment Stephen Jarislowski, réputé conseiller en placements, et Claude Lamoureux, ancien pdg du fonds de retraite ontarien Teachers.

Nous avons discuté de FAIR et de ses revendications avec Ilana Singer (photo), directrice associée de l'organisme. Voici des extraits de notre entrevue.


Protégez-Vous: Quelle information les conseillers financiers devraient-ils donner aux consommateurs lors de la vente d'un produit d'investissement?

Ilana Singer:
Ils devraient notamment indiquer quels sont les frais de gestion et comment ils affectent le rendement. Beaucoup de gens mettent leur argent dans les fonds mutuels et dans les fonds monétaires. S'ils connaissaient les frais de gestion, ils décideraient peut-être de ne pas choisir ce type d'investissement.


PV: Dans les documents d'information des institutions financières qui indiquent des rendements, les frais de gestion sont-ils déduits?

IS:
Très souvent, les frais ne sont pas déduits des rendements indiqués. Or, au Canada, nous avons les frais de gestion les plus élevés au monde. Ils peuvent s'élever à 2 ou 3 %. Ces frais peuvent faire en sorte que le rendement réel est nul ou qu'il est moins élevé que ce à quoi le consommateur s'attendait. Le lobby des fonds mutuels est très puissant. Il ne veut pas divulguer clairement cette information.


PV: Le «prospectus simplifié» que les conseillers remettent aux consommateurs devrait-il être simplifié encore?

IS:
Oui. Le prospectus simplifié peut compter des dizaines de pages. Les Autorités canadiennes en valeurs mobilières proposent un nouveau document de deux pages, l'«aperçu du fonds», qui résumerait un produit d'investissement. On y indiquerait le type de placement, le rendement, les frais de gestion, les risques, etc. Ce projet a été entamé voilà presque dix ans et il ne s'est toujours pas réalisé. C'est incroyable et gênant! Nous croyons que le nouveau règlement devrait être adopté le plus rapidement possible.


PV: Selon vous, les relevés de placements sont-ils assez clairs?

IS: Non. Au Canada, rien n'oblige les institutions financières à indiquer aux consommateurs les rendements de leurs placements. Le relevé devrait indiquer au consommateur quand il a commencé à investir, combien il a investi, combien vaut aujourd'hui son investissement et quel est le rendement. Il devrait aussi indiquer quels sont les frais de gestion et comment ils affectent le rendement. Pour l'instant, certains relevés sont tellement incompréhensibles qu'on doit aller sur des sites Internet ou parler à son conseiller pour connaître le rendement.


PV: Le mode de rémunération des conseillers financiers devrait-il être mieux expliqué aux consommateurs?

IS: Oui. C'est vraiment un problème. Souvent, les consommateurs croient que les conseillers travaillent dans leur intérêt. Dans les faits, ce n'est pas toujours le cas, puisque plusieurs d'entre eux touchent des commissions sur certains produits. Ils sont donc en conflit d'intérêts. Aux États-Unis, on parle d'introduire une obligation fiduciaire pour les conseillers, c'est-à-dire qu'ils devraient toujours mettre les intérêts de leurs clients devant leurs propres intérêts. Ce serait excellent d'avoir ça ici.


PV: Le Royaume-Uni est en train de revoir en profondeur la vente de produits financiers. Que pensez-vous de ses orientations?

IS: Leur autorité des marchés financiers (FSA) a des idées assez révolutionnaires. Par exemple, elle propose qu'un conseiller ne puisse pas se dire indépendant s'il touche des commissions. Nous devrions considérer ce genre d'initiative ici.


PV: En quoi le fonds d'indemnisation des victimes de fraude que vous proposez serait-il différent des fonds déjà existants?

IS: Le Fonds d'indemnisation de l'Autorité des marchés financiers (AMF) est assez restrictif. Pour qu'un consommateur soit indemnisé, la fraude doit avoir été commise pendant la distribution du produit et non durant sa gestion. C'est pour cette raison que seulement 10 % des victimes de Norbourg ont été dédommagées. Il y a aussi le Fonds canadien de protection des épargnants, qui protège l'investisseur si un courtier devient insolvable. L'une des avenues envisagées serait d'accroître ce fonds pour qu'il puisse indemniser les victimes de fraudes. Une autre possibilité serait de financer un nouveau fonds à partir d'un faible pourcentage des frais de gestion de divers produits comme les fonds communs.


PV: Au Québec, les cours d'économie ont disparu de l'enseignement au secondaire en juin dernier. Croyez-vous qu'ils devraient être réintégrés au programme?

IS:
Oui, nous pensons que les cours de finances personnelles devraient être obligatoires au secondaire, comme c'est déjà le cas en Colombie-Britannique et comme ce le sera bientôt en Ontario. C'est fondamental. Actuellement, le niveau d'éducation financière est très bas au Canada.


À lire aussi:
REER et fonds communs de placement
(Protégez-Vous.ca; dossier réservé aux abonnés du site)

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