Photo: iStockphoto; Réjean Poudrette
Les crèmes solaires nous protègent des effets néfastes du soleil. Mais elles perturbent aussi la vie aquatique.
Une étude réalisée entre 2003 et 2007 dans des récifs coralliens au Mexique, en Indonésie, en Thaïlande et en Égypte montre ainsi que certains ingrédients qu’elles contiennent accélèrent le blanchiment des coraux au bout de quelques dizaines d’heures seulement, et ce même à des concentrations très faibles.
Or, ce processus peut gravement endommager et détruire des récifs de corail entiers, affirme Greenpeace. D’après l’étude, 10 % des 10 000 tonnes de filtres solaires anti-UV fabriqués chaque année seraient utilisés par des baigneurs évoluant dans des zones coralliennes.
Plutôt inquiétant quand on sait qu’environ le quart de la crème dont ils se sont enduits le corps se retrouve dans l’eau au bout de 20 minutes de nage. «Les parabènes, cinnamates, benzophénones et dérivés du camphre semblent être à l’origine de ce phénomène», précise Elyse Rémy, porte-parole de l’Institut national d’information en santé environnementale, à Montréal.
Les filtres chimiques anti-UV présents dans bon nombre d’écrans solaires constituent une autre menace pour les milieux aquatiques, car plusieurs ont des effets hormonaux (voyez notre article sur les écrans solaires).
«Aucune des crèmes solaires sur le marché n’est biodégradable. Il est certain qu’à un moment ou à un autre il y aura un problème», insiste la biochimiste et cosmétologue montréalaise Mikaela Teris.
La dissémination dans les écosystèmes des nanoparticules de dioxyde de titane que contiennent de plus en plus d’écrans solaires suscite également l’inquiétude des environnementalistes.
Selon l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), l’usage des crèmes solaires au nanotitane aboutirait à des rejets dans le milieu naturel de 230 tonnes par an uniquement en France. Faute de données écotoxicologiques fiables, l’Afsset estime que, comme «le risque ne peut être estimé, il ne peut donc pas être exclu».
Les recherches indiquent d’ailleurs qu’à des concentrations élevées, certaines nanoparticules peuvent altérer le développement embryonnaire ou provoquer des troubles de la capacité respiratoire chez les poissons.
Aussi, ces nanoparticules fixent et transportent des contaminants, qui s’accumulent dans leur chair et risquent ensuite de se retrouver dans la chaîne alimentaire.
Enfin, une étude sur les nanoparticules de dioxyde de titane dans les cosmétiques publiée l’an dernier suggère qu’elles seraient capables d’éliminer des bactéries vitales pour les écosystèmes et très utiles dans le traitement de l’eau.
La solution? Utiliser des produits solaires à base d’écrans minéraux… ou opter pour un costume de bain style 1900, en n’oubliant pas le chapeau!