Par Marie-Pier Chénard
Sans qu’on ne le réalise vraiment, l’environnement dans lequel nous vivons a un impact important sur notre santé.
Prenons, par exemple, la pratique de la marche et du vélo. Le développement «moderne» des villes est centré sur l’utilisation de l’automobile, ce qui rend les modes de transport actifs, comme la marche et le vélo, moins accessibles et moins sécuritaires.
Au Québec, en 2006, dix piétons étaient blessés chaque jour en moyenne, dont la moitié à Montréal 1. Or, la sécurité est un facteur influençant fortement la décision de marcher ou de prendre son vélo pour se déplacer. C’est d’ailleurs la principale raison expliquant que la proportion d’enfants québécois qui marchent pour aller à l’école est passée de 80 % en 1971 2 à 30 % en 2008 3.
Les territoires très étalés, l’absence de trottoir ou de piste cyclable ainsi que les quartiers résidentiels isolés des zones commerciales engendrent une dépendance à l’automobile et, du même coup, un mode de vie sédentaire qui contribue à l’augmentation de l’obésité et à la détérioration de la santé. En effet, dans les secteurs où plus de 95 % des gens vont en voiture au travail, 54 % de la population affiche un excès de poids 4.
Épicerie, dépanneur, restauration rapide… choisissons-nous vraiment notre alimentation?
Aussi étrange que cela puisse paraître, notre milieu de vie a également un impact sur ce que l’on mange. Par exemple, la forte présence de commerces de restauration rapide est associée à une plus grande consommation d’aliments à faible valeur nutritive. Ainsi, un restaurant rapide dans un rayon de 150 mètres autour d’une école engendrerait une hausse de 5,2 % du taux d’obésité chez les jeunes fréquentant cette école 5.
Environnement bâti = l’ensemble des éléments construits par l’homme (rues, pistes cyclables, parcs, trottoirs, etc.)6
Développement durable et santé: des objectifs communs
Bien sûr, les habitudes de vie sont en partie la responsabilité des individus. Or, nombreux sont ceux qui savent qu’il faut bien manger et bouger davantage, mais qui n’arrivent pas réellement à le faire. Pourquoi? Plusieurs réponses se retrouvent dans les possibilités que leur offre leur milieu de vie.
En modifiant l’environnement dans lequel la population évolue, on influence non seulement la qualité de l’air et de l’eau, mais on peut également rendre plus faciles et plus accessibles les choix santé. De telles mesures ont été prouvées efficaces dans les stratégies de lutte contre l’obésité 7.
Ainsi, du 22 au 26 août, Montréal sera l’hôte du Sommet mondial Écocité 2011: une semaine d’échange entre les spécialistes du domaine de l’environnement et du développement durable sur les moyens de rendre nos villes plus écologiques et plus humaines. La santé et le développement durable sont intimement liés l’un à l’autre . Les études ont démontré que la densité, le système de transport, les modes d’occupation du sol et le design urbain peuvent avoir d’importantes répercussions sur la santé des populations.
Les objectifs poursuivis par ces experts, comme rendre la marche, la bicyclette, le transport en commun aussi accessibles que l’automobile, auront aussi un impact positif en permettant de favoriser l’activité physique et la dépense énergétique.
Lors du sommet, il sera notamment question des différentes mesures d’apaisement de la circulation ainsi que de la construction de trottoirs et de pistes cyclables pour assurer la sécurité et favoriser les déplacements actifs. On traitera aussi des outils urbanistiques, comme le zonage, qui peuvent être utilisés pour réduire l’accès à la restauration rapide notamment autour des écoles.
Un sujet au cœur de décisions importantes
L’urbanisme, la discipline qui encadre le développement du territoire, suscite présentement beaucoup d’intérêt au Québec. En effet, le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire est en processus de révision de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme. Après la présentation d’un avant-projet de loi, des consultations ont été lancées au printemps dernier et se poursuivront au cours des prochains mois. Ainsi, plusieurs groupes, dont la Coalition québécoise sur la problématique du poids (Coalition Poids) et le Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM), ont présenté un mémoire afin d’enrichir la révision de cette loi.
Dans leur mémoire, la Coalition Poids et le CEUM proposent notamment de confirmer l’impact de l’aménagement du territoire sur la santé de la population ainsi que la nécessité de développer des environnements favorables à l’adoption de saines habitudes de vie.
Ces travaux offrent l’opportunité de réaffirmer le rôle stratégique assumé par les municipalités en matière d’aménagement du territoire et sa contribution à la santé. Le gouvernement doit fournir les moyens et les ressources nécessaires aux municipalités pour réaliser leurs ambitions.
Le contenu de la nouvelle loi sera fondamental puisqu’il orientera les façons de faire et les grandes décisions en matière d’aménagement du territoire pour les 30 prochaines années. Il est donc primordial que les questions de santé, de bien-être et de qualité de vie de la population et des générations futures y soient envisagées.
Parce que au-delà de recommander à tous de bien manger et de bouger davantage, encore faut-il leur en donner l’opportunité!
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1 Agence de la santé et des services sociaux de Montréal (2006). Mémoire de la Direction de santé publique sur la Charte du piéton. Montréal: Direction de santé publique de Montréal.
2 Association canadienne des loisirs et des parcs (1997). The Benefits Catalogue. Ottawa.
3 Université de Montréal. 70 % des écoliers ne marchent pas pour se rendre à l’école. Nouvelle@UdeM: 3 décembre 2008
4 Direction de la santé publique de Montréal. Le transport urbain, une question de santé. Rapport annuel 2006 sur la santé de la population montréalaise. Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. Québec: 2006
5 Currie, J., Della Vigna, S., Moretti, E., Pahtania, V. (2009). The Effect of Fast Food Restaurants.
on Obesity, National Bureau of Economic Research – NBER, working paper #4721.
6 Institut national de santé publique du Québec. Direction du développement des individus et des communautés (2010). L’impact de l’environnement bâti sur l’activité physique, l’alimentation et le poids. Gouvernement du Québec.
7 Institut national de santé publique du Québec. Direction du développement des individus et des communautés (2010). L’impact de environnement bâti sur l’activité physique, l’alimentation et le poids. Gouvernement du Québec.
8 Barton H. et C. Tsourou (2004). Urbanisme et santé: Un guide de l’OMS pour un urbanisme centré sur les habitants. France: Association S2D/Association internationale pour la promotion de la Santé et du Développement Durable. Organisation mondiale de la santé.
9 Bergeron, P. et S. Reyburn (2010). L’impact de l’environnement bâti sur l’activité physique, l’alimentation et le poids. Québec: Direction du développement des individus et des communautés - Institut national de santé publique du Québec.
10 Barton H. et C. Tsourou (2004). Urbanisme et santé: Un guide de l’OMS pour un urbanisme centré sur les habitants. France: Association S2D/Association internationale pour la promotion de la Santé et du Développement Durable. Organisation mondiale de la santé.