Par Annie-Claude Bélisle-Denis
La popularité des boissons sucrées ne semble qu’augmenter au fil du temps. En fait, les différentes marques de boissons sucrées multiplient leur offre de produits en créant des nouveaux formats, des saveurs inusitées et des variétés aux propriétés multiples. Leur objectif: rejoindre un public de plus en plus précis que ce soit les jeunes, les femmes, les sportifs, les gens soucieux de leur santé, etc. Certaines boissons prétendent même pallier aux grands problèmes de la vie, comme le crash de votre ordinateur ou ces durs matins où vous vous demandez: «mais qu’est-ce qui s’est passé hier?». Ces boissons apparaissent comme des réponses à nos besoins les plus capricieux, mais en fait, c’est l’œuvre des marketeurs qui ont recours à plusieurs outils pour nous convaincre que ces produits sont utiles et bons pour nous. Mais que contiennent vraiment ces boissons sucrées?
Les eaux vitaminées: utiles ou futiles?
Une personne qui se soucie de sa santé et de son alimentation sait que la consommation d’eau est vitale et que les vitamines et minéraux sont essentiels. Quoi de mieux qu’offrir une eau vitaminée pour séduire ce segment de clientèle dans un marché saturé de produits! C’est ainsi que VitaminWater offre 11 boissons différentes qui prétendent toutes répondre non seulement à des besoins précis (ex.: la power-c réveillerait l’animal en vous et nourrirait vos muscles, alors que la d-fence vise à vivifier votre système immunitaire et à combattre les germes), mais qui ciblent aussi différents moments de la journée (et de la nuit!). Les eaux vitaminées se positionnent ainsi comme une alternative santé aux boissons gazeuses, fruitées et énergisantes pour les jeunes. Elles se présentent comme ayant des vertus médicinales et un apport vitaminique, des allégations qui font déjà l’objet de poursuites aux États-Unis et dans certaines provinces canadiennes. Notons au passage que Véronique Provencher, nutritionniste et professeure au département des aliments et de nutrition à l’Université Laval, a révélé que «les vitamines procurées par ces eaux ne sont même pas utiles à la santé, puisqu’on les retrouve normalement dans l’alimentation et qu’il n’y a aucun avantage à en consommer davantage».
Ces produits «tape-à-l’œil» en séduisent plusieurs, qui ignorent probablement qu’elles contiennent pourtant des quantités importantes de sucres et de calories par portion pour un apport plutôt faible en vitamines et en minéraux. Et pour cause, les eaux vitaminées, comme certaines autres boissons sucrées, sont considérées comme des produits de santé naturels et ne sont donc pas contraintes à afficher leur tableau de valeur nutritive. Toutes les boissons sucrées devraient donc être réglementées comme des aliments afin de pouvoir contrôler cet affichage.
Je sue donc je bois: la nécessité des boissons pour sportifs
C’est bien connu l’activité physique donne soif et l’industrie n’hésite pas à utiliser cette soif comme un argument de vente pour des boissons pour sportifs comme Gatorade et Powerade. Attention de ne pas les confondre avec les boissons énergisantes qui s’associent fréquemment au milieu sportif sans toutefois offrir un contenu adéquat pour la pratique d’activité physique. Bien que les boissons pour sportifs puissent être utiles pour la réhydratation, il faut toutefois se montrer prudent quant à leur consommation, puisqu’elles sont conçues pour les activités physiques à grande intensité d’une durée de plus de 60 minutes. Gare à vous, sportifs de salon, la consommation d’un tel breuvage se traduit en une source supplémentaire de sucres ajoutés et contribue ainsi au gain de poids, d’autant plus que les formats disponibles encouragent leur consommation en grande quantité.
Les boissons fruitées: un produit «santé» ou pour les dents sucrées?
Les jus de fruits dont raffolent vos enfants forment une autre catégorie de boissons sucrées. Il est important de distinguer les Fruitopia, Sunny D, Fruité, etc. des jus 100 % purs qui eux présentent une densité nutritive intéressante. Ces boissons aux fruits, pour leur part, renferment systématiquement des sucres ajoutés ainsi qu’une quantité inférieure à 100 % de jus, allant parfois jusqu’à aucune trace de fruits. De là la stratégie marketing qui met de l’avant l’utilisation du terme «fruits», qui interpelle les mamans soucieuses de l’apport nutritif de leurs enfants. Les teneurs en sucres, en calories et en sodium varient beaucoup d’un produit à l’autre, mais l’option d’une belle orange juteuse et d’un verre d’eau fraîche reste à favoriser pour assurer un bon apport vitaminique et l’hydratation de vos enfants.
Sucre et caféine, un duo qui fait mal
Les marques de boissons gazeuses et les boissons énergisantes regorgent d’idées pour séduire et ce sont principalement les jeunes qui sont visés par celles-ci. De nouveaux formats, des couleurs explosives, de brillants slogans: elles ont tout pour leur plaire, sauf peut-être le contenu, qui peut avoir des conséquences dommageables chez ces jeunes consommateurs. Effectivement, la dose de caféine hebdomadaire conseillée par Santé Canada pour un jeune est très souvent dépassée par la consommation d’une seule boisson énergisante, sans compter les autres sources de caféine contenues dans leur alimentation. Les quantités de sucre contenues dans ces deux types de boissons sont aussi très élevées. Rappelons que la consommation d’une boisson sucrée par jour augmente de 60 % les risques d’obésité chez les enfants.
Les dessous du marketing des boissons sucrées
Dans le cadre du projet «Une approche multidimensionnelle pour réduire le pouvoir d’attraction des boissons sucrées», la Coalition Poids a fait paraître, le 24 janvier dernier, le premier de quatre tomes qui composent son rapport Les dessous du marketing des boissons sucrées. Intitulé Le produit: une offre variée pour répondre à un marché segmenté, ce tome met en lumière l'analyse nutritionnelle des boissons sucrées ainsi que les stratégies de marketing utilisées par l'industrie pour cibler les jeunes. Finalement, il propose cinq recommandations quant à la réglementation, l’emballage et le contenu des boissons sucrées:
- Soumettre toutes les boissons présentement commercialisées comme des aliments au Règlement sur les aliments et les drogues, ce qui obligerait les fabricants à fournir un tableau de valeur nutritive.
- Mettre en place un groupe de travail pour déterminer les meilleures pratiques en matière d’étiquetage nutritionnel, visant à simplifier l’information nutritionnelle pour la rendre accessible à tous.
- Indiquer clairement sur le devant des canettes que les boissons énergisantes sont déconseillées aux moins de 18 ans.
- Créer un groupe de travail sur le sucre pour émettre des recommandations quant à la consommation de différentes formes de sucre par les Canadiens et à la possibilité de limiter le contenu en sucre dans les boissons sucrées.
- Revoir à la baisse le contenu maximal en caféine autorisé dans les boissons énergisantes, en tenant compte des autres sources de caféine consommées par les jeunes.