Paru en février 2004
Mise à jour en juin 2007
Par Laure Waridel
Yves Barrière
Vous voilà au magasin. «Wow, as-tu vu ça? C’est pas cher.» Caché sous l’étiquette d’une salopette d’hiver à l’allure bien d’ici on peut lire en petites lettres «Fabriqué en Chine». Sous cette apparente aubaine et bien d’autres se cachent pourtant des coûts sociaux et environnementaux qui n’apparaissent pas sur nos coupons de caisse, pas plus que dans les rapports annuels des entreprises, ni dans les bilans économiques des gouvernements. L’exploitation des travailleurs et de l’environnement sont des «externalités».
En cherchant à payer toujours moins cher, nous, consommateurs, encourageons le marché à produire pour pas cher. Produire pour pas cher implique des coûts de production pas chers. Des coûts de production pas chers signifient généralement payer les employés pas cher et utiliser des ressources environnementales pour pas cher.
Tous ces «pas chers» finissent par engendrer une dette sociale et environnementale incalculable. Combien vaut le respect des individus et de l’environnement? Combien vaut un pays dans lequel les enfants peuvent manger à leur faim, respirer de l’air pur et aller à l’école plutôt qu’à l’usine? Bien que ces considérations soient inestimables, l’économie leur accorde peu de valeur.
Plus l’économie se mondialise, plus les pressions s’exercent avec force sur les travailleurs et sur l’environnement. Il faut être compétitifs. Les accords de libre-échange facilitent le transfert d’opérations dans les pays où les coûts de production sont bon marché. Il est rentable d’opérer là où la main-d’œuvre est abondante et obéissante, là où les règles sociales et environnementales sont peu contraignantes.
Qui gagne à ce jeu? Surtout quelques compagnies multinationales dont les profits ont plus que triplé au cours des 20 dernières années, alors que des milliers de petites entreprises indépendantes ont disparu. L’écart entre riches et pauvres ne cesse de s’accroître. Ainsi, comme le rapportent les Nations Unies, les chiffres d’affaires de chacune des 100 sociétés transnationales privées les plus puissantes dépassent la totalité des exportations de l’ensemble des pays les plus pauvres. À elle seule, Wal-Mart a un revenu qui surpasse le PIB des 163 pays les plus pauvres de la planète. Certaines entreprises sont ainsi devenues plus puissantes que des États, sans pour autant être redevables envers les citoyens qui ont permis leur enrichissement.
Face à de telles inégalités, on entend souvent dire que «l’argent mène le monde». Les bras nous tombent. Nous nous sentons impuissants. Nous devenons cyniques.
Reconnaître le pouvoir de l’argent, c’est pourtant admettre que nos choix de consommation sont des décisions politiques importantes. Chaque fois que nous achetons, nous endossons les pratiques des entreprises qui s’enrichissent à même nos dépenses. Puisque nous en savons généralement fort peu sur elles, nous votons en blanc plus souvent qu’autrement.
Malgré le manque d’information, un certain nombre de choix de consommation responsable s’offre déjà à nous. Dès le petit déjeuner, nous pouvons choisir de boire un café, un thé ou un chocolat certifiés équitables. Nous pouvons préférer une pomme biologique locale plutôt qu’une banane de multinationale. Habiter à proximité de notre lieu de travail, nous déplacer en transport en commun ou en vélo sont de petits gestes concrets. Nous pouvons aussi investir nos économies dans des fonds éthiques, pratiquer un tourisme responsable, etc. Aucune action n’est anodine.
Consommer bien, c’est souvent aussi consommer moins! Il n’y a donc pas besoin d’être riche pour donner un sens politique à nos choix de consommation. Acheter usagé plutôt que neuf, réduire notre consommation d’énergie et manger moins de viande sont des exemples d’actions qui, en plus d’être écologiques, sont économiques.
Avant d’être des consommateurs, nous sommes tous des citoyens. À nous de prendre le pouvoir, un geste à la fois!

Laure Waridel est cofondatrice d'Équiterre, auteure et chroniqueure à la radio de Radio-Canada.
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