Photo: Yves Barrière
Un des moments les plus marquants de ma vie professionnelle a été de pouvoir témoigner de la fin de l’empire soviétique de 1986 à 1991.
Or, l’impact de cet événement historique s’est fait sentir non seulement dans la vie quotidienne de millions de citoyens d’Europe centrale, mais aussi dans celle des consommateurs de toute la planète.
L’effondrement du régime communiste fut le coup d’envoi d’une libération économique et commerciale sans précédent. Jamais on n’avait connu une telle libre circulation des idées, des personnes et des capitaux. Avec des avantages, mais aussi des inconvénients dont nous vivons encore les contrecoups.
Quatre ans plus tard, dans les premiers mois de la mise en ondes de l’émission La Facture à l’automne 1995, j’ai vite compris, par les questions du public, à quel point les remparts que les gouvernements de nombreux pays démocratiques avaient érigés au cours des décennies précédentes pour soutenir et protéger les consommateurs ne résisteraient pas à la vague de la mondialisation.
Des citoyens se faisaient dorénavant offrir des biens, des services et du crédit de partout dans le monde. Des compagnies transnationales transféraient leurs capitaux et les emplois d’un seul clic d’ordinateur. Et les gouvernements fédéral et provinciaux étaient impuissants à faire respecter un modèle social et économique auquel les citoyens avaient pris l’habitude de faire confiance.
Laissés à eux-mêmes, les citoyens se sont alors tournés vers les médias. «Au secours! monsieur Gougeon, m’écrivait-on. Vous seul pouvez m’aider.» Devant ces cris de détresse, la tentation était grande pour un journaliste de se substituer à l’État et à ses structures désormais vétustes et de jouer les Robin des bois.
Or, un journaliste n’est pas un acteur, mais un témoin. Il ne peut et ne doit que témoigner honnêtement de ce dont il est le témoin. Notre rôle fut donc de permettre aux citoyens de raconter ce qui leur arrivait, de poser des questions et de fournir des pistes de solutions. Il fallait aider le citoyen à s’outiller, à se prendre en main pour se défendre lui-même.
Le modèle social canadien et québécois du XXe siècle a longtemps visé une meilleure répartition de la richesse et du pouvoir. Mais, en contrepartie, il a habitué les gens à s’en remettre aux autorités pour les défendre.
La mondialisation a détruit nos repères traditionnels. Nous vivons dans un univers où il faut repenser les solidarités. La question de la protection de l’environnement ou de l’accès à la justice en est un bon exemple. Même constat face à l’actuelle crise du crédit; il est évident que les états ont baissé les bras face aux forces du marché.
Il faut plus que jamais être vigilants. S’il faut «penser globalement et agir localement», nous devons accepter de gommer certaines idées reçues et acquérir une nouvelle manière de nous concerter et d’agir sans attendre l’intervention de l’État. C’est donc, d’une certaine manière, une rénovation de la démocratie qui est en cours.
Le plus beau cadeau de Noël que les consommateurs peuvent s’offrir est sans doute un coffre à outils pour procéder à ces rénovations.

Gilles Gougeon est journaliste.
Cette chronique est la dernière de la série «Signé» qui prenait place dans nos pages depuis cinq ans.
Au total, 50 personnalités publiques ont partagé avec vous leur point de vue sur la consommation. Merci donc aux Janette Bertrand, Pierre Légaré, Lynda Johnson, Édith Cochrane et Guy Nantel de ce monde pour leur très aimable contribution à Protégez-Vous.
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