Paru en mars 2008
Par Geneviève Rioux
Photo: Yves Barrière
À 18 ans, j’ai quitté la maison familiale pour venir étudier à Montréal. Ce que je possédais tenait dans deux sacs verts…
J’ai été nomade longtemps, changeant d’appartement puis de maison au gré de mes envies. Une laveuse, une cuisinière et un frigo m’ont suivie dans ces mouvements, tels de bons pachydermes dociles. Ils fonctionnent toujours, dépareillés et inusables. Ils ont été achetés, disons, à l’ère «Madonna» au milieu des années 1980.
À l’ère «Spice Girls» (milieu des années 1990), mon «zoo» électroménager et électronique s’est agrandi et diversifié. Mais déjà, plusieurs de ces objets ont rendu l’âme. A survécu une sécheuse, cadeau de ma jolie maman pour la naissance de mon premier enfant. Solidarité féminine!
Aujourd’hui, je suis guérie de ma «déménagite aiguë». J’adore ma maison sous les arbres ainsi que l’amoureux qu’il y a dedans… Mes amis et moi avons des couples solides et ne changeons plus de code postal tous les deux ans.
Cependant, la durée de vie de nos biens semble, elle, rétrécir de façon alarmante. Si bien que, oui, les couples durent maintenant plus longtemps que les électroménagers et l’électronique! Le bilan est lourd dans mon entourage en ce qui concerne les morts prématurées domestiques. Est-ce de la «désuétude programmée» (planned obsolescence), cette pratique commerciale cynique qui consiste à concevoir des produits dont la durabilité sera inférieure afin d’augmenter la fréquence des ventes? Comme mon grille-pain dont l’élément a lâché 13 mois après l’achat, alors qu’il était garanti pour… 12 mois!
En pleine ère «post-Britney», le consommateur a de quoi se sentir frustré et manipulé face à tous ces nouveaux logiciels alléchants incompatibles avec des ordinateurs pourtant récents. Ou à ces appareils à l’allure sophistiquée qui ont des défauts de conception élémentaires.
C’est le cas du lave-vaisselle Frigidaire que nous avons acheté en 2005; il était «design», silencieux et ses commandes électroniques étaient situées sur le dessus de la porte. Deux mois après son installation, il ne fonctionnait plus et les témoins lumineux s’excitaient comme les panneaux de Times Square!
Le réparateur nous a annoncé, un peu gêné, que notre lave-vaisselle était «sensible à l’eau» et que nous devions faire attention! Le système électronique a été remplacé et nous avons tenté de ne pas échapper une seule goutte sur le dessus du délicat appareil. En vain, car tout s’est détraqué à nouveau. En fait, nous nous sommes rendu compte que le système électronique se décollait sous l’effet de la vapeur produite par le lave-vaisselle lui-même! J’ai dû sortir mon mauvais caractère et l’appareil a été remplacé par un autre d’une marque différente, à commande mécanique, comme dans le bon vieux temps…
Tout cela est irritant, mais il y a pire. Ces appareils à durée de vie réduite s’amoncellent sur notre planète déjà malmenée. Par exemple, les cellulaires: ils sont petits, mais très nombreux. On dit qu’en Italie il y en a davantage que d’Italiens! Leur durée de vie est en moyenne de 18 mois et ils contiennent des métaux toxiques.
Comment notre société pourra-t-elle gérer tous ces déchets? Et comme citoyen, comment ne pas sombrer dans le découragement et réagir?
Heureusement, il y a le couple et les amis fidèles… N’empêche, n’avez-vous pas l’impression de vous faire avoir comme consommateur et comme humain de la «planète bleue avec un tas de ferraille dessus»?

Geneviève Rioux est comédienne.
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