Photo: Yves Barrière
On doit certainement être très nombreux à s’être un jour présentés dans un de ces centres de réparation en tout genre, avec par exemple un lecteur CD en panne. Le mien avait accidentellement glissé de la table… sur une chaise.
Bien courte distance de chute me disais-je, j’en ai choisi un qui est résistant aux chocs, ça devrait aller. Eh bien non… Il était mortellement silencieux.
Je vais donc le porter à la réparation et deux jours plus tard le technicien auquel je l’avais confié m’appelle pour me dire qu’il ne me conseille pas de le faire réparer. D’abord, ça allait me coûter plus cher que d’en acheter un nouveau et en plus il ne pouvait me garantir ni la réparation ni sa durée!
«À la poubelle!» me dit-il. Mon lecteur n’avait pas un an! J’étais perplexe, ébaubie! Je me rappelle avoir eu un grille-pain qui, après plusieurs années de bons services, avait semble-t-il rendu l’âme. J’étais allée le porter chez un monsieur dont la boutique était remplie d’objets éventrés, de tables tournantes muettes et autres grille-pain refroidis.
Sur les murs, des étagères débordantes de petits pots de vis, de fils, de ressorts et autres trucs mystérieux. J’avais l’impression d’entrer chez un magicien qui allait fouiller dans le ventre des choses… Il défaisait minutieusement l’appareil et, après quelques petites soudures, trois coups de tournevis et quelques gouttes d’huile, il prenait plaisir à le bien nettoyer et à me le rendre très près de son aspect initial.
Je lui en étais infiniment reconnaissante, parce que j’aime bien l’idée que les choses soient bâties pour durer et se réparer. Un peu comme nous qui sommes «fabriqués» pour une certaine longévité, sauf dans les rares cas d’accidents de la nature, il est réconfortant de savoir que si on se casse un bras, on pourra se le faire «réparer»!
Que dirions-nous si au moindre rhume, ou à la plus petite fêlure, on était bon pour la fosse? Or, j’ai l’impression que plus on recule l’âge de la mort pour nous les humains, plus on devance celle des objets de plus en plus nombreux qui jalonnent notre parcours sur terre, avec pour conséquence directe une pollution gigantesque pour notre vie et notre planète.
Car, enfin, que fait-on de tous ces trucs, machins et gadgets qui ne durent pas ou tombent vite en désuétude? Seule une infime partie sera recyclée. C’est sans parler de la quantité phénoménale de gugusses à usage unique qui, depuis l’invention du stylo Bic, n’ont cessé de se multiplier.
Mon ex-belle-mère disait: «Je n’ai pas les moyens d’acheter bon marché.» J’aimais beaucoup cette façon de penser qui suppose que si j’achète de la qualité, à long terme j’économiserai. Il semble que cette façon de voir soit désuète, car aujourd’hui on nous fait miroiter que la qualité de vie se mesure à notre capacité de nous procurer une infinité de bidules qui seront périmés dans quelques mois et qui iront mourir Dieu sait où.
Et ça, je refuse de l’acheter!

Danielle Proulx est comédienne.
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