Photo: Yves Barrière
«Bonjour. Je m’appelle André Ducharme et je suis un acheteur compulsif et impulsif.»
Si les Consommateurs anonymes existaient, j’assisterais hebdomadairement à leurs assemblées. Et j’aurais un parrain à qui je pourrais téléphoner quand je me retrouve, tout tremblant, devant un centre d’achats.
Pour vous donner une idée, hier, j’ai acheté des verres fumés, un agenda électronique, un scanneur, un ouvre-boîte, une cuiller à crème glacée, un gant de golf et une boîte de balles. J’ai déjà acheté une automobile en allant prendre une marche.
Je suis malade. Je souffre de ce que ma blonde appelle le «syndrome du petit sac». Une fois de temps en temps, pour que je sois totalement heureux, ça me prend mon petit sac.
Rassurez-vous, je ne mets aucunement en péril la sécurité financière de ma famille. Je n’ai aucune dette, et je paye toujours le solde de mes cartes de crédit. Je ne vis pas au-dessus de mes moyens, c’est plutôt le contraire.
Mais je suis malade. Et gravement atteint.
Afin de mieux comprendre ce trait particulier de mon caractère, j’ai décidé de me livrer à une autopsychanalyse.
Je viens d’une famille dont les revenus étaient plus que modestes. Chaque nouvel achat, que ce soit une voiture, une télé ou un rideau de douche, était un événement rare et heureux. Chaque nouveau jouet me remplissait d’un bonheur indescriptible, car je savais combien mon père avait travaillé dur pour me le donner.
Adolescent, il me fallait souvent plusieurs semaines d’épargne pour pouvoir m’acheter un seul 33 tours.
J’ai gardé des enfants pendant près de deux ans avant de me payer mon premier vrai vélo. J’ai réussi à me payer ma première voiture, usagée, à 26 ans.
Alors quelque part dans mon cerveau, il y a probablement des glandes qui sécrètent une hormone euphorisante et qui s’activent chaque fois que je me retrouve devant un magasin. Quelque part dans mon cerveau, il y a probablement une petite voix qui me dit: «Bravo, beau travail, tu le mérites. Fais-toi plaisir mon champion, tu travailles assez fort! Go! Go! Go!»
Je suis malade. Je n’y peux rien, c’est un problème de glandes.
Ce qui est merveilleux, c’est que la société moderne fait tout pour combler mon besoin maladif de petit sac. Merci, société moderne!
Chaque année, tous les modèles de voitures sont remplacés par des nouveaux, toujours plus beaux et meilleurs que les précédents. C’est t’y pas merveilleux, ça?
Les ordinateurs, télés, lecteurs vidéo sont désuets à la minute même où on les range dans le coffre arrière de notre automobile!
En 20 ans, nous sommes passés de la cassette au CD, puis au iPod! De la VHS au DVD, puis au DVD HD et/ou Blue-Ray! Chaque fois, il faut racheter toutes ses collections de musique et de films! Ça, c’est des petits sacs à l’infini!
Je suis malade. Heureusement, je me soigne. De plus en plus, et de mieux en mieux.
Maintenant, quand j’ai envie d’acheter quelque chose, je prends une grande respiration, je laisse passer quelques jours, je me questionne sur mes besoins réels, et je me dis dans ma tête: «Non, petit sac, je n’ai pas besoin de toi!» Alors, je n’achète pas.
Et pour fêter ça, je cours me procurer des verres fumés, un agenda électronique, un scanneur, un ouvre-boîte, une cuiller à crème glacée, un gant de golf et une boîte de balles.
J’ai travaillé tellement fort, je le mérite!

André Ducharme est humoriste.
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