Par Rémi Maillard
Paru en juin 2009
«Inventer une économie écologique»
Photo: Philippe Matsas / Opale
SUSAN GEORGE
est écrivaine, militante altermondialiste et cofondatrice de l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’aide aux citoyens (ATTAC), présente dans 36 pays. Elle a notamment publié La pensée enchaînée (Fayard, 2007) et Un autre monde est possible si... (Fayard, 2004).
Une crise ou des crises?
La crise que nous traversons est économique, bien sûr. Mais elle est d’abord sociale, avec l’accroissement de la pauvreté et des inégalités, et, surtout, écologique, avec le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la contamination chimique de notre environnement, la dégradation des océans ou la question de l’eau. Elle nécessite donc un traitement multiple. Malheureusement, nos dirigeants reprennent de vieilles recettes qui ne régleront rien sur le fond. Si on parle de relancer la consommation en offrant de l’argent à ceux qui en ont besoin pour vivre décemment, d’accord. Mais le distribuer indistinctement, par la baisse des impôts par exemple, n’est pas une solution.
Doit-on réformer le système?
On a donné des milliards de fonds publics aux banques. Pourtant, elles continuent à verser des primes et des dividendes extravagants à leurs dirigeants et actionnaires et à utiliser des paradis fiscaux pour échapper à l’impôt. Tout cela est indécent! Nous sommes arrivés au bout du «modèle» économique et social actuel et il faut en inventer un autre avant la catastrophe environnementale qui menace. Par définition, le capitalisme vit dans l’éternel présent et se montre incapable d’inclure les risques futurs dans ses analyses marchandes. L’unique moyen de vivre tous ensemble dans de bonnes conditions sur cette planète, c’est d’aller vers une économie écologique.
De quelle façon?
Il faut commencer par prendre le contrôle des banques, qui doivent être au service des politiques de l’État et surtout des citoyens et des PME-PMI [petites et moyennes industries], qui fournissent pratiquement tous les emplois. Et exiger qu’elles consacrent un certain pourcentage de leurs prêts à des fins environnementales, comme la construction de bâtiments à consommation énergétique nulle, le développement d’énergies renouvelables ou la création de transports en commun «propres», le tout à des taux d’intérêt très bas. Le crédit doit devenir un bien collectif. Les gouvernements ont le devoir de préparer l’avenir, d’investir dans la santé, l’éducation. Et s’ils disent qu’il n’y a pas d’argent, il faut leur répondre: «Si, il y en a, mais vous ne le cherchez pas là où il est!»
Que pouvons-nous faire?
Nous vivons dans un monde à l’envers: en quelques semaines on a trouvé des milliers de milliards de dollars pour sauver les banques alors que, depuis plus de 30 ans, les Nations unies n’ont jamais pu obtenir les quelques milliards d’aide au développement qui suffiraient à nourrir les 900 millions d’êtres humains qui meurent de faim ou qui souffrent de malnutrition. Le système ne se moralisera pas de lui-même, il faut le réguler. Seuls, nous ne pouvons rien faire. Mais si chacun se mobilise, dans une association ou un syndicat, par exemple, cela permettra d’établir un rapport de force avec les gouvernements et les institutions financières.