«Guérir l’endettement par plus d’endettement est absurde!»
Photo: HEC Montréal
OMAR AKTOUF
est professeur à l’École des hautes études commerciales de Montréal et cofondateur du groupe Humanisme et gestion. Il est l’auteur, entre autres, de Halte au gâchis: en finir avec l’économie-management à l’américaine (Liber, 2009).
Nos gouvernements sont-ils à la hauteur?
Non! Renflouer les banques pour qu’elles prêtent à des gens déjà surendettés ou qu’elles se remettent à se prêter entre elles ne fera qu’alimenter la bulle spéculative. La maladie économique dont nous souffrons actuellement est l’endettement: 200 % pour l’Américain moyen, 140 % pour un Canadien. Or, on ne peut guérir l’endettement par plus d’endettement, c’est absurde! L’attitude qui consiste à penser toujours en termes de marchés et de profits maximums, à croire que l’argent va faire de l’argent, à augmenter sans cesse l’offre pour pousser les gens à la consommation en les endettant encore plus est totalement irresponsable.
Comment devraient-ils réagir?
En distribuant des milliards de fonds publics, l’État se prive d’une partie importante de ses ressources – l’impôt des contribuables –, ce qui limitera sa marge de manœuvre dans les années à venir, notamment en matière de santé et d’éducation. Il faudrait plutôt investir cet argent dans l’économie réelle, c’est-à-dire le salariat et la création d’emplois, la recherche d’énergies «vertes» ou la rénovation de nos infrastructures, qui en ont grand besoin.
Vaut-il mieux consommer ou épargner?
Le problème n’est pas la consommation en soi; au contraire, consommer doit rester l’un des moteurs de l’économie. Mais l’hyperconsommation tue la consommation, car on finit par trop s’endetter, par s’encombrer de choses inutiles. Nous en mesurons aujourd’hui les conséquences, non seulement sur le niveau de notre dette et notre très faible épargne, mais sur le reste du monde, qui ne peut consommer autant, sans parler de l’environnement. Chacun devrait consommer raisonnablement, pour ses besoins réels, tout en épargnant pour, petit à petit, assainir sa situation.
Le modèle actuel est-il viable?
Il est grand temps de remettre à plat le modèle économique et social dans lequel nous vivons. Par exemple, il faudrait interdire les paradis fiscaux: plus on retire d’argent de l’économie réelle pour l’entasser dans ces «paradis» réservés à une infime minorité, plus on tue la possibilité d’avoir une finance saine. Nous en sommes rendus au point où le montant de liquidités en circulation atteint 30 fois le PIB de l’économie réelle mondiale! Ce n’est plus acceptable. Il faut savoir d’où vient l’argent, où il va, comment il s’accumule. L’économie ne doit plus dépendre de la Bourse. On trompe les gens quand on leur parle de placements en Bourse: il ne s’agit pas de placements, mais de jeu. Comme au casino. Et on sait bien qui gagne à tous les coups!