Jie He, spécialiste chinoise de l’économie internationale.
Photo: Université de Sherbrooke
Après des études en France et à Guangzhou, Jie He (prononcer Tsié Re), spécialiste chinoise de l’économie internationale, s’est installée à Sherbrooke en 2006, pour enseigner à l’université. «Parmi mes petits boulots, j’ai été traductrice pour des fabricants à la Foire de Canton», se souvient-elle. C’est avec une grande joie, et peut-être aussi une pointe de nostalgie, qu’elle s’est entretenue avec nous quelques jours avant notre départ pour Guangzhou. Dans un français impeccable, faut-il le préciser.
Protégez-Vous: Est-ce que la Chine peut encore être considérée comme l’usine du monde?
Jie He: Oui, mais les Chinois ne vont pas garder éternellement cette image. Avec les salaires qui augmentent depuis quelques années, ils sont en difficulté. Et le gouvernement chinois donne davantage d’incitatifs financiers à des entreprises plus techno, comme les biotechnologies. Entretemps, des pays comme l’Inde, le Cambodge, et le Vietnam grugent tranquillement des parts de marché aux Chinois.
PV: Si on se fie au gigantisme de la Foire de Guangzhou, la Chine manufacturière semble avoir encore de belles années devant elle, non?
JH: Oui et non. Dans 10 ans, la production manufacturière dans la région pourrait avoir chuté de quelque chose comme 20 %.
PV: Ce n’est pas un hasard si cette foire se déroule à Guangzhou et pas ailleurs.
JH: Effectivement, c’est ici, dans le sud de la Chine, que le gouvernement chinois a tenté sa première politique d’ouverture des marchés en 1978. S’ouvrir au capital étranger, qui provenait surtout de Taïwan et de Hong Kong au début, et permettre aux Chinois de construire leurs propres usines a été un projet expérimental risqué, mais qui a réussi. C’est pourquoi cette région est aujourd’hui le centre nerveux de la fabrication chinoise. À l’époque, une ville voisine comme Shenzhen était un village de pêcheurs (ndlr: une trentaine d’années plus tard, elle compte plus de 10 millions d’habitants!).
PV: Selon vous, est-ce que la qualité des produits faits en Chine s’est améliorée depuis 10 ans?
JH: Difficile à dire. On le sait, la qualité n’est pas toujours bonne. Et c’est souvent la faute de ceux qui importent les produits. Les acheteurs négocient serré et une solution des usines est de faire des compromis sur la qualité pour ne pas perdre de contrats.
PV: Vous disiez plus tôt que les conditions de travail s’améliorent en Chine.
JH: Oui, les salaires augmentent, et c’est tant mieux. Mais la Chine fait aussi face à un problème d’inflation [ndlr: une hausse de plus de 6 % depuis un an] qui annule une part de ces hausses. Pour plusieurs biens essentiels, comme les légumes, la farine de blé et le porc, la hausse est encore plus élevée.