18-11-2008: Sardines japonaises
Photos: Stéphan Dussault
On parle souvent du cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Tokyo a le sien pour inhumer ses vedettes: le cimetière Yanaka. Lui aussi vaut le détour, surtout pour le touriste qui cherche à retrouver un peu de l'espace vital perdu dans la foule compacte de la ville.
Dans ce paisible cimetière, situé à quelques jets de pierre des tours de Tokyo, chaque monument semble représenter un gratte-ciel miniature. L'ensemble donne l'impression de regarder un modèle réduit de Tokyo!
Remarquez, on pourrait dire que les monuments funéraires représentent bien leur environnement, Tokyo étant la plus importante mégalopole du monde avec près de 35 millions d'habitants. C'est l'équivalent du Canada, rien de moins.
Cher le pied carré
À Tokyo, tout semble compressé, et chaque parcelle de terre vaut de l'or. Il en va de même au cimetière. Dans l'édition de janvier 2009 de Protégez-Vous, vous apprendrez qu'il est difficile de s'en tirer à moins de 2000 $ pour louer un terrain de cimetière à Montréal. À Tokyo, acheter seulement une fraction d'un terrain peut aisément coûter 25 000 $. À ce prix, on comprend pourquoi 99,9 % des Japonais choisissent d'entasser les morts dans des urnes plutôt que que de les enterrer dans des cercueils.
Pas dans ma cour
Avec un nombre croissant de décès au Japon – 1,1 million l'an dernier –, il faut multiplier les fours crématoires. Ça, les citoyens japonais n'en veulent pas. Les arguments invoqués: d'une part, ça défigure le paysage, et de l'autre, la fumée des morts n'est pas le meilleur moyen pour attirer les touristes dans les maisons de thé. «Wow! Pas d'espace pour vivre et nulle part où mourir!» a résumé récemment un lecteur du quotidien Japan Today.
Dans les grands espaces québécois, les citoyens n'en veulent pas plus. Le mois passé, des citoyens de l'arrondissement montréalais de Rivière-des-Prairies se sont opposés à l'érection d'un crématorium dans un quartier industriel. La même chose s'est produite à Dorval au début de l'année.
L'appel de la mer
Comment les Japonais disposeront-ils donc de leurs morts dans cette petite île où les 125 millions d'habitants s'entassent dans 25 % de l'espace – le reste n'étant que montagnes inhabitables? Pour l'instant, ils songent à emmener les crématoriums au large! Ce n'est pas une blague: des villes évaluent la possibilité d'aménager des fours crématoires sur un immense navire. C'est beau l'innovation!
Chaque monument semble représenter un gratte-ciel miniature. L'ensemble donne l'impression de regarder un modèle réduit de Tokyo.
Pourquoi un des noms est-il peint en rouge? Parce que la personne qui le porte n'est pas encore dédédée. Cette tradition japonaise tend à se perdre avec le temps.
Le souci de l'espace maniaque des Japonais fait qu'on ne laisse pas même un mètre entre la dernière pierre tombale et la première résidence. Plutôt lugubre comme vue, non?