25-11-2008: Le Japon besogneux
Officiellement, les Japonais auraient droità 35 jours de congé par an
en moyenne, dont 14 fériés. Dans les faits, ils en utiliseraient moins de 25.
Aujourd'hui, j'aurais bien aimé vous écrire que je n'ai pas le temps de vous écrire. Parce que mon rythme de travail est lui aussi passé en mode japonais.
Employés dédiés
Il est 21 h. Je suis à Tokyo, tout près de l'intersection Shibuya, connue comme la plus achalandée du monde avec sa moyenne de deux millions de piétons par jour. Je tente de ramasser mes idées après avoir fait trois heures de train pour revenir de rencontrer des gens en périphérie.
La périphérie, c'est la banlieue où résident les travailleurs de Tokyo. Pour eux, le transport dure le plus souvent de deux à quatre heures par jour. À 21 h, je vois encore ces salarymen – c'est ainsi qu'on appelle les cadres inférieurs – s'engouffrer dans le métro, mallette à la main, après leurs trois heures supplémentaires non payées.
La plupart d'entre eux arriveront à la maison exténués... et contraints à prendre le train de 7 h le lendemain matin.Pas étonnant qu'on voie tant de Japonais grapiller ici et là des minutes de sommeil dans le métro. Certains préféreront prendre un verre avec les collègues, quitte à dormir dans une des 6000 chambres-capsules de Tokyo. À minuit, quand on veut simplement cuver sa Sapporo – la Molson locale –, payer 3500 yens (45 $) pour une «chambre» de 18 pieds carrés est une bonne affaire à Tokyo.
Quelle conciliation?
Qui s'occupe des enfants pendant que monsieur trime dur? Poser la question, c'est y répondre. Bien souvent, la Japonaise prend sa «retraite» à 25 ans, quand elle accouche du premier bébé. Mais ne jetez trop vite votre fiel sur le méchant mari; pour la jeune secrétaire, il s'agit parfois d'une délivrance. «Être une femme au Japon n'est pas compliqué dans la mesure où on suit les règles, soit se marier jeune, avoir des enfants et ne pas travailler plus qu'à temps partiel», résume le groupe-conseil Japan Consuming.
Il y a du rattrapage à faire au Japon en matière de conciliation travail-famille, ajoute un rapport récent de l'OCDE. Parmi les premiers éléments à améliorer: la rareté des horaires variables et les prix élevés des garderies japonaises, qui ne favoriseraient pas le travail à temps plein des jeunes mères de famille.
Le Japon a beau être la deuxième puissance économique mondiale, derrière nos voisins américains, il semble plutôt loin de la position de tête en matière de politique familiale.
Imaginez l'heure de pointe à Tokyo, alors qu'un employé du métro pousse les usagers à l'intérieur du wagon pour maximiser le voyage. Ce n'est pas le meilleur moment dans la vie pour être une femme. C'est pour éviter ces contacts ambigus que les métros japonais proposent des wagons réservés aux femmes.