Par Stéphan Dussault, notre reporter au Japon
Paru en novembre 2008
21-11-2008: Comment recycler un dépotoir
Photo: Stéphan Dussault
Malgré les apparences, ce champ est loin d'être banal. Vous allez voir pourquoi.
Nous sommes à Sakai, au bord de la baie d'Osaka. Ce champ est l'immense dépotoir de la ville. L'espace au Japon étant très précieux, Sakai a eu une idée originale en 1971: rogner quelques kilomètres d'eau dans la baie pour y enfouir ses déchets. Pendant 35 ans, on y a déversé les restes des ordures préalablement incinérées, ce qui a lentement créé cette immense étendue de terre.
Photo: NASA
Est ensuite arrivé l'inévitable jour où le dépotoir a été rempli. Que faire de cet espace inhabitable pour des raisons environnementales? Créer un projet environnemental! Et pas n'importe lequel: une centrale d'énergie solaire. Si tout se passe bien, on commencera bientôt à y planter des milliers de panneaux solaires.
Imaginez 200 000 mètres carrés de cellules photovoltaïques: c'est l'équivalent de deux kilomètres de longueur sur 100 mètres de largeur. Pour commencer, une puissance de neuf mégawatts sera envoyée au réseau quand tout sera en place, en 2011. «Ce sera suffisant pour les besoins en électricité de 2500 maisons», assure Shinichiro Kohno, conseiller environnemental à la ville de Sakai.
Les bons «citoyens corporatifs»
Le côté sombre de la chose? La facture d'environ 65 millions de dollars, qui sera divisée en parts égales entre l'État japonais et le fournisseur d'électricité Kansai Electric Power. Faites le calcul: cela équivaut à 26 000 $ par maison. Le coût de cette énergie solaire est évalué à 40 ¢ le kilowattheure, soit le double du prix moyen de l'électricité à Sakai (et cinq fois celui exigé au Québec).
C'est déjà entendu: tous les participants à cette aventure perdront de l'argent. Mais ils s'y associent tous avec le sourire!
À commencer par Kansai, le maître-d'œuvre du projet, qui veut améliorer son image. Jetez un nouveau coup d'œil sur la première photo: la cheminée de droite rejette les émissions de sa centrale au gaz naturel. Kansai en détient une douzaine comme celle-là, sans compter ses centrales nucléaires. Et au Japon, il n'y a pas de monopole à la Hydro-Québec; le client peut changer de fournisseur d'électricité à sa guise, notamment si le sien est trop polluant à son goût.
La ville de Sakai, elle, est prête à payer très cher pour obtenir le statut de ville modèle en matière d'environnement. On parle ici d'une reconnaissance prestigieuse – elle est octroyée par le premier ministre du Japon –, mais surtout qui favorise la ville pour le financement de projets verts.
Sakai a lancé un appel d'offres pour choisir le fabricant des panneaux solaires de sa centrale. Parions que Sharp, qui construit à 100 mètres de là une gigantesque usine de de panneaux photovoltaïques, risque de soumissionner à très bas prix pour ne pas devoir endurer des milliers de panneaux concurrents en face de son usine!
Comme quoi tout est possible, même quand c'est trop cher.
J'avais oublié de vous parler de mon premier choc en arrivant au Japon: la carte du métro de Tokyo. Dieu merci, les Japonais sont le plus souvent d'une gentillesse exemplaire.