Auto: le pied sur la pédale d'embrayage

Après des millésimes 2008 et 2009 plutôt houleux, le secteur de l'automobile ne réserve pas de grands bouleversements aux consommateurs en 2010. Ce sera une année de transition.
L'industrie de l'automobile agit comme un baromètre précis de l'humeur économique. Autant les ventes de véhicules neufs se sont affolées au même rythme que l'accessibilité au crédit entre 2002 et 2008, autant elles ont dégringolé lorsque la crise économique s'est installée il y a un peu plus d'un an.
Dans la même veine, les gros véhicules utilitaires sport (VUS) ont fait les choux gras des constructeurs jusqu'à ce que la flambée du prix de l'essence asphyxie les automobilistes, à partir de l'été 2007. S'est alors amorcée une ruée vers les voitures hybrides qui s'est calmée aussitôt que la récession a fait chuter le prix du pétrole brut – et donc, de l'essence – à l'automne 2008.
Bien sûr, l'auréole des voitures écoénergétiques scintille toujours vivement en Amérique du Nord, d'autant plus que les États-Unis ont commencé à implanter de véritables mesures d'économie d'énergie en 2009.
Cela signifie-t-il qu'un nombre croissant de ces modèles apparaîtront sur les routes en 2010? Nous avons posé la question au président de l'Association pour la protection des automobilistes (APA), George Iny, qui en a profité pour nous pointer quelques tendances qui orienteront le domaine durant les 12 prochains mois.
Voitures électriques
Ce n'est pas en 2010 que les automobilistes pourront troquer leur voiture à essence contre un modèle tout électrique.
«L'année 2010 n'offrira rien de nouveau aux automobilistes en matière de technologie de motorisation, prévoit M. Iny. Certains véhicules neufs actuellement en vente ont été conçus en 2005, alors que les priorités étaient la puissance et la taille plutôt que l'économie d'essence. En plus, les États-Unis [NDLR: dont dépend largement le marché canadien de l'automobile] n'avaient pas de politique d'économie d'énergie. Les nouvelles solutions vont donc commencer à arriver sur le marché à partir de 2011 sur des modèles 2012.»
D'ici là, il y a bien les hybrides, mais leur achat ne se justifie pas toujours facilement. «La seule voiture hybride qui me convainque, pour le moment, c'est la Toyota Prius. C'est une vitrine, une porte ouverte sur l'avenir, explique le président de l'APA. Est-ce nécessaire de mettre 30 000 $ pour en acheter une en ce moment? Avec l'essence à 1 $ le litre, peut-être pas. Mais c'est clair que lorsque l'auto sera arrivée à la fin de sa vie, dans 10 ou 12 ans, c'est celle dont la consommation ressemblera le plus à celle des voitures du moment.»
Sautez sur l'occasion
Les amateurs d'aubaines devraient plus que jamais lorgner les véhicules d'occasion en 2010. «Une fois de plus, ce sera une super année pour acheter un véhicule d'occasion, souligne George Iny. Il n'y a jamais eu autant de modèles récents à bon prix sur le marché en raison des années de location records de 2005 et 2006. On peut avoir une auto de quatre ans entre 6000 $ et 8000 $, ce qui est exceptionnel. En plus, on trouve actuellement des véhicules de qualité parmi les inventaires de tous les types de commerçants, ce qui n'était pas le cas auparavant.»
Attention: cette manne ne tombera plus pendant très longtemps. «Il y aura beaucoup de retours de location pour encore un an ou deux. Toutefois, l'APA s'attend à un choc dans le marché de l'auto d'occasion dès 2011, et peut-être même à la fin de 2010», prévient M. Iny.
En effet, c'est à ce moment que le robinet de certaines sociétés de financement cessera de déverser un flot quasi ininterrompu de voitures récentes chez les marchands de véhicules d'occasion. La raison: GM et Chrysler ont cessé d'offrir de la location en 2008, et d'autres constructeurs avaient commencé à défavoriser ce mode de financement avant ce moment.
Forcément, qui dit approvisionnement limité dit hausse du prix et baisse de la qualité des modèles proposés. L'inspection mécanique rigoureuse de tout véhicule d'occasion convoité, déjà primordiale, redoublera alors d'importance.
Exit la classe moyenne
Le marché des véhicules neufs continuera de se fragmenter entre des modèles très abordables ou des autos de luxe d'entrée de gamme.
«Les modèles intermédiaires ont connu une année difficile dans les palmarès de ventes en 2009, précise George Iny. Par contre, les ventes de véhicules de luxe de 40 000 $ à 55 000 $ se portent bien: on parle par exemple des BMW Série 3 ainsi que des Mercedes-Benz Classe B, C et GLK. Les automobilistes qui ont des revenus au-dessus de la moyenne cherchent à en avoir plus pour leur argent, quitte à augmenter un peu le budget qu'ils consacrent à la voiture. La classe moyenne est moins présente qu'auparavant dans le domaine de l'automobile, et on pense que ça va se poursuivre.»
À l'autre bout du spectre, les acheteurs moins nantis privilégient les voitures compactes et les petits véhicules multisegments.
Texte: Jesse Caron