Illustration: Luc Melanson
«Faire la job d’un avocat, c’est sûrement pas si compliqué que ça. Sans parler des centaines de dollars que je vais économiser…» C’est ce que vous pensez? Lisez vite le dossier qui s'en suit.
Tous les acteurs du système judiciaire le disent, et s’en inquiètent: le nombre de personnes qui se débrouillent sans avocat devant les tribunaux ne cesse de croître, notamment dans le domaine des affaires civiles (famille, biens, succession, droit du travail…). En 2010, à la Cour supérieure du Québec, 41,1 % des personnes impliquées dans des procédures en matière familiale (séparations et divorces) n’étaient pas représentées par un avocat. Pour l’ensemble des matières civiles, ce pourcentage avait grimpé de 10 % entre 2008 et 2010, pour atteindre 37 %. «Le phénomène est en croissance soutenue année après année, constate François Rolland, juge en chef de la Cour supérieure du Québec. Ce n’est pas spécifique au Québec; la tendance est internationale et devient très préoccupante.»
On s’en doute, c’est rarement par plaisir qu’on fait enfler les statistiques sur les personnes non représentées. Surtout quand c’est la garde des enfants qui est en jeu, une somme importante, ou parfois même sa liberté. Bien souvent, ce sont des raisons économiques qui expliquent ce réflexe: certains n’ont tout simplement pas les moyens de payer les honoraires d’un avocat, quand d’autres, comptant sur leur niveau d’éducation, se disent qu’ils peuvent s’épargner une telle dépense. En outre, les informations d’ordre juridique sont de plus en plus facilement accessibles sur Internet, ce qui renforce le sentiment de monsieur ou madame Tout-le-Monde qu’ils sont capables, après plusieurs heures de recherches et de lecture, de jouer les avocats autodidactes.
D’autres encore n’ont pas confiance dans le système, ou se méfient des avocats. Mais quel que soit le cas de figure, la représentation en solo apporte son lot de complications, tant pour les individus qui la choisissent que pour l’ensemble du système de justice.
72,9 % des Québécois pensent que les riches sont nécessairement favorisés par les tribunaux.
21,6 % des Québécois estiment qu’ils auraient personnellement les moyens financiers de poursuivre quelqu’un ou de se défendre à la cour si la situation se présentait.
Source: sondage mené auprès de 1 500 Québécois, en 2010, par le Centre de recherche en droit public de la Faculté de droit de l’Université de Montréal.