Illustration: Luc Melanson
Les banques ont décidé de faire votre éducation financière, et celle de vos enfants. Doit-on dire merci?
«Les banques veulent se conformer uniquement aux lois qui leur plaisent. Cela fait des décennies que ça dure. Il est évident qu’elles préfèrent investir un peu d’argent pour éduquer les gens plutôt que changer leurs pratiques.»
Jacques St-Amant, enseignant en droit de la consommation à l’UQAM.
«Les banques sont un véritable cartel organisé, c’est pourquoi nous payons des frais de toutes sortes, et plus élevés qu’ailleurs. Chaque année, elles réalisent des profits records et quand elles gaffent, les gouvernements les aident. Elles sont tellement puissantes qu’elles ont les coudées franches. Too big to fail!»
Léo-Paul Lauzon, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.
Depuis 2009, la lutte contre l’analphabétisme financier est une priorité pour le gouvernement fédéral. D’où l’apparition de nombreux projets à visée éducative, dont certains mis en place par l’industrie financière elle-même. Pour n’en citer que quelques-uns: la Banque Nationale avec Jecomprends.ca, la Banque Royale avec l’application iPad Les sous, Léo et toi, TD avec Money Lounge sur Facebook, Visa avec du matériel de classe pour les enseignants et une «BD excitante sur l’épargne» pour les jeunes…
«Les banques entretiennent des relations avec des millions de Canadiens. Elles peuvent leur offrir des renseignements financiers en personne, en succursale, au téléphone ou en ligne. Il est donc logique qu’elles offrent des renseignements sur la littératie financière», souligne Christelle Chesneau, coordonnatrice pour l’Association des banquiers canadiens (ABC).
Reste que la présence des banques sur ce terrain ne ravit pas tout le monde. «Je ne crois pas que l’éducation financière puisse être confiée à n’importe qui, estime Charles Tanguay, porte-parole de l’Union des consommateurs. Les banques sont-elles bien placées pour ça? Que dirait-on si PFK se lançait dans l’éducation alimentaire?» Pour l’Union, si l’industrie veut vraiment poser un geste désintéressé, elle pourrait verser de l’argent dans un fonds qui serait géré par un groupe indépendant investi d’une mission exclusivement éducative.
En parallèle, force est de constater qu’il reste pas mal de choses à améliorer si l’on souhaite œuvrer pour le bien des consommateurs: une information sur les produits bancaires plus claire et transparente, des frais de service moins élevés, un système de traitement des plaintes plus accessible…
Alors, avant de dire merci, remettons deux ou trois choses en perspective.