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Un prêt personnel à 350 %, ça vous tente? Nous non plus. Pourtant, l’offre existe: certains prêteurs privés n’y vont pas avec le dos de la cuillère pour réaliser de gros profits, et ce en parfaite illégalité.
«Besoin d’argent?», «Aucun cas refusé!», «Simple, rapide et efficace», «Sans enquête de crédit»… Ils pullulent en toute sérénité sur le Web et dans les petites annonces de certains quotidiens, et ne lésinent pas sur les arguments-choc pour attirer le consommateur en détresse financière.
On les appelle prêteurs privés ou «de seconde chance». Pourtant, ils sont loin d’être en mission humanitaire. Dans bien des cas, signer avec eux c’est plutôt s’offrir la possibilité d’empirer encore sa situation. Et pour cause: avec des taux de crédit parfois jusqu’à six fois plus élevés que la limite légale de 60 % (oui, vous avez bien lu six fois), on peut dire que vous le payez cher, votre emprunt de 300 ou 500 $!
Pour comprendre comment ce petit monde fonctionne, nous nous sommes amusés à additionner quelques chiffres avec Me Jean-Louis Renaud, avocat à l’Office de la protection du consommateur (OPC).
Nous avons contacté trois prêteurs: ArgentRapide.com, Crédit Courtage et GroupeDuforge.com. Précisons au passage que les informations mentionnées ci-dessous ont été obtenues par téléphone: nous nous sommes à chaque fois présentés comme des consommateurs ayant besoin d’un micro-prêt.
- ArgentRapide.com
Ce qui nous a été proposé: Un montant de 500 $ assorti d’un taux d’intérêt de (soi-disant) 30 %, auquel s’ajoutent des frais de courtage de 190,91 $. Le tout doit être remboursé en trois mois, au rythme du versement du salaire. Nous avons dit être payés toutes les deux semaines, il y aurait donc six prélèvements de 126,67 $ chacun, directement dans le compte bancaire. Somme totale à rembourser: 760 $.
Bilan: Le taux de crédit annuel proposé par Argent Rapide atteint 349,86 %. Allez, arrondissons à 350. «Il s’agit clairement de frais de crédit déguisés et selon moi ces personnes sont dans l’illégalité, affirme Me Renaud. Les frais de courtage sont présentés ici séparément du taux d’intérêt, or les deux doivent être additionnés pour obtenir le taux de crédit véritable. Les articles 68 à 70 de la LPC sont très clairs là-dessus.»
En résumé, le taux de crédit qu’on vous mentionne doit normalement englober tous les frais (administratifs, de courtage, d’adhésion, d’expertise… Bref presque tout ce qu’on peut inventer).
Dans la même veine:
- Crédit Courtage
Ce qui nous a été proposé: Un montant de 500 $, assorti d’un taux d’intérêt de 38,89 %, auquel s’ajoutent des frais de courtage de 200 $. Là aussi on doit rembourser la somme en trois mois, et là aussi on a dit être payé toutes les deux semaines. Il y aurait donc six prélèvements de 128 $ chacun, pour un remboursement total de 768 $.
Bilan: Le taux de crédit annuel s’élève ici à pas moins de 359,72 %.
- GroupeDuforge.com
Ce qui nous a été proposé: Un montant de 1 000 $. La voiture de l'emprunteur doit servir de garantie. Ce qui signifie que si on ne rembourse pas, elle peut être saisie. Notre interlocuteur ne se rappelait pas du taux appliqué, seulement du nombre de prélèvements et de leur montant: un prélèvement par semaine de 53,71 $ pendant 20 semaines. Montant total à rembourser: 1 074,20 $.
Mais attendez ce n'est pas fini. Nous apprenons ensuite que des frais administratifs sont appliqués, et déduits du montant emprunté. Notre interlocuteur indique alors que le prêt s'élève en fait à 779,11 $.
Et comme taux usuraires et sens de l’humour n’entrent pas forcément en contradiction, il précise: «Nous ne prêtons pas à n’importe qui. Dans notre domaine, il y a beaucoup de fraude, nous devons faire très attention».
Bilan: Le taux de crédit annuel s’élève dans ce cas à 225,75 %.
Comment calculer le taux «véritable» soi-même?
C’est très complexe, a fortiori lorsque les calculs portent sur un emprunt remboursable en quelques mois. Me Renaud utilise des logiciels spécifiques qui ne sont pas forcément à la portée du grand public. Néanmoins, certains outils peuvent vous aider à vous rapprocher de la réalité, comme les calculettes d’Éric Brassard.