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Détournement de cause

Par Marc-André Gagnon, professeur de politiques publiques à l'Université Carleton, à Ottawa, chercheur pour le Centre d'éthique de l'Université Harvard et le Consortium de recherche en politiques pharmaceutiques

Mise en ligne : janvier 2012

 | 

Magazine : février 2012

illustration

Illustration: Christine Roy

Contrairement à ce qu’elles pensent, plusieurs associations de patients ne mènent pas le bon combat pour obtenir un meilleur accès aux médicaments.

La Coalition Priorité Cancer au Québec pilote depuis quelque temps une campagne médiatique visant le remboursement, par le gouvernement québécois, de certains médicaments anticancer qui sont couverts ailleurs au pays.

Bien que cette organisation réalise un important travail de sensibilisation, il y a un hic: puisqu’elle est financée par 13 compagnies pharmaceutiques transnationales, son message est essentiellement celui de fabricants qui cherchent à accroître leurs profits.

La Coalition réclame notamment le remboursement de l’Avastin pour certains types de cancer du sein. Or, aux États-Unis, l’utilisation de ce médicament à cet usage n’est désormais plus autorisée: les données cliniques sur ce produit, qui entraîne des effets secondaires importants, n’ont démontré aucun effet bénéfique par rapport au placebo.

Le fabricant Genentech générait ainsi environ un milliard de dollars de revenus annuellement pour un traitement de 100 000 $ qui n’apportait aucun bénéfice clinique.

Rapport coûts-résultats
Supposons que les autres médicaments dont la Coalition exige le remboursement démontrent un réel effet thérapeutique. Combien alors devrions-nous accepter de payer pour un traitement qui permettrait, par exemple, de prolonger de trois mois en moyenne la vie d’un patient cancéreux, et ce, sans effets secondaires importants? Dix mille dollars? Cent mille dollars? Un million de dollars?

Selon la norme utilisée pour évaluer le rapport coûts-résultats d’un traitement, le gouvernement accepte de rembourser jusqu’à 50 000 $ pour chaque année de vie gagnée, en tenant compte de la qualité de vie (une mesure appelée QALY).

Les firmes pharmaceutiques peuvent exiger que leurs nouveaux produits soient remboursés à hauteur de 100 000 $ par QALY, mais l’État se garde le droit de refuser, privant ainsi les patients de nouveaux produits.

Supposons maintenant que, à la suite de pressions populaires soutenant que «la vie n’a pas de prix», l’État accepte de rembourser les prix exigés par les firmes pharmaceutiques. La question de l’accès aux médicaments serait-elle alors réglée?

En fait, si l’État cède une fois, les firmes exigeront encore davantage par QALY l’année suivante et ainsi de suite, année après année, le problème de l’accès restant entier.

Une vraie solution
Malgré les apparences, la campagne de la Coalition Priorité Cancer pour favoriser un meilleur accès aux médicaments ­anticancer est en réalité une campagne visant à forcer l’État à payer plus par QALY pour un produit donné.

Le montant excédentaire que nous accepterions de payer aux firmes ne pourrait plus être investi ailleurs dans le système de santé.

Si les organisations de patients souhaitent améliorer l’accès aux médicaments, la meilleure solution reste d’exiger des compagnies pharmaceutiques qu’elles réduisent leurs prix pour respecter la limite du coût par QALY.

Le Québec est la province canadienne où le prix des médicaments brevetés s’avère déjà le plus élevé, et le Canada arrive au troisième rang mondial de ce même palmarès.

Le problème serait vite réglé si, par exemple, le Québec exigeait des fabricants les mêmes prix qu’ils offrent à l’Ontario ou à l’Alberta dans le cadre d’ententes secrètes partiales.

Tous les patients devraient avoir accès à des médicaments dont l’efficacité a été démontrée, mais ils ne devraient jamais avoir à se faire complices de compagnies pharmaceutiques qui manœuvrent au détriment des contribuables… et des patients. 

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  • 23 mars 2012
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    Participation de ROBERT PARISE

    Commentaires publiés : 1

    Discussions publiées : Non disponible

    Par ROBERT PARISE
    (Participant occasionnel)

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    Enfin quelqu'un qui ose mentionner que la vie à un coût...

    Plusieurs personnes sont déconnectés de la réalité...

    L'argent ne pousse pas dans les arbres...

    Il y a une limite à ce que l'on accepte de payer...

    Robert

  • 1 févr. 2012
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    Participation de JN RINGUET

    Commentaires publiés : 1

    Discussions publiées : Non disponible

    Par JN RINGUET
    (Participant occasionnel)

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    Je ne saurais trop recommander la lecture de "Marcher à contre-pas..." suggérée par M.-A. Gagnon qui démontre très concrètement les stratégies de manipulation d'associations de patients par les compagnies pharmaceutiques au Canada, notamment.

    Mais il ne faudrait pas oublier que l'État québécois se prête lui-même de façon on ne peut plus complaisante aux stratégies de l'industrie pharmaceutique que ce soit par une fiscalité généreuse, des politiques de remboursement des médicaments avantageuses, des partenariats de recherche - par exemple, celui entre Pfizer (qui a dû débourser $2,3 milliards pour diverses fraudes aux États-Unis en 2009) et le Fonds de recherche en santé du Québec (FRSQ)- etc.

    J'apprécie que Protégez-vous porte une attention croissante à ces questions généralement peu couvertes par les grands médias.

    Jean-Noël Ringuet, Victoriaville

  • 23 janv. 2012
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    Participation de Michel Bissonnette

    Commentaires publiés : 2

    Discussions publiées : Non disponible

    Par Michel Bissonnette
    (Participant occasionnel)

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    La Coalition Priorité Cancer au Québec ni aucune association de patients, pas plus que les organismes communautaires, les ordres professionnels, les organismes syndicaux ou professionnels qui en sont membres ne sont à la solde de l’industrie pharmaceutique lorsqu’ils proposent de débattre sur la place publique l’accès éthique aux médicaments et aux traitements de pointe.

    Pour l’information de M. Marc-André Gagnon, professeur en politiques publiques, la Coalition Priorité Cancer au Québec est entièrement contrôlée par ses membres et ne véhicule aucun autre message que les siens. Nous défendons uniquement l’intérêt des personnes touchées par le cancer. Alors, à moins d’être complètement sur une autre planète, l’accès aux médicaments de pointe demeure un élément central de la lutte contre le cancer. La Coalition ne peut donc pas rester silencieuse aux préoccupations exprimées par les personnes touchées par le cancer.

    Pourtant, les faits sont clairs : les progrès de la lutte contre le cancer partout dans le monde, comme au Québec, sont en grande partie attribuable aux médicaments, notamment les médicaments de pointe, de même qu’aux pratiques professionnelles innovatrices. Le reconnaître ne signifie pas, contrairement à ce qu’insinue M. Gagnon, que la Coalition et les associations de patients sont des marionnettes de l’industrie pharmaceutique.

    Pour la gouverne de M. Gagnon, il est vrai que la Coalition reçoit des commandites de compagnies pharmaceutiques. Cela est connu depuis longtemps et est clairement indiqué dans notre site internet de même que lors de nos événements publics. Nous recevons aussi des contributions de nos membres et du public, de même que des gouvernements.

    En novembre dernier, la Coalition Priorité Cancer a lancé le débat sur l’accès éthique aux médicaments afin que l’opinion publique s’en empare. Nous avons posé des questions franches dans le but d’alimenter ce débat. Et oui, nous aussi, nous nous posons la question sur la capacité de payer des contribuables. Nous aussi, nous nous interrogeons sur le prix des médicaments au Québec et au Canada. Nous aussi, nous nous interrogeons sur les coûts – bénéfices des traitements et sur leurs effets secondaires. Nous aussi, nous nous questionnons sur le prix que l’on accorde à la vie humaine. Mais contrairement à M. Gagnon, nous ne croyons pas que la réponse à cette question doive rester l’apanage d’un cercle restreint d’initiés ou de spécialistes, quels qu’ils soient, y compris en politiques publiques. C’est une question qui touche l’ensemble de la société.

    Toutefois, contrairement à M. Gagnon, nous nous posons aussi d’autres questions. Pourquoi l’accès aux médicaments est-il si différent d’une province à l’autre? Pourquoi le Québec aurait-il, lui seul, le pas? À quoi servent les sommes recueillies au Québec par les grandes fondations en cancer si les Québécois ne peuvent pas profiter des innovations qui en résultent? Pourquoi les recommandations des experts en oncologie sur la valeur thérapeutique des médicaments n’étaient-elles pas davantage retenues? Pourquoi les patients ne sont-ils pas plus impliqués dans ce processus, alors qu’ils le sont ailleurs au Canada?

    En quoi sommes-nous complices de l’industrie en proposant de débattre publiquement ces questions? M. Gagnon pense-t-il que les patients sont naïfs ou crédules, ou qu’ils sont incapables de comprendre qu’il fait faire des choix, socialement et économiquement, et que le cancer n’est pas la seule maladie au Québec? M. Gagnon devrait savoir qu’il n’appartient pas aux associations de patients de discuter des modalités entre les compagnies pharmaceutiques et le gouvernement pour améliorer l’accès aux médicaments. Mais elles doivent poser des questions. Nous l’avons fait et continueront de le faire pour l’intérêt des personnes touchées par le cancer.

    Par ailleurs, est-ce que les grandes politiques publiques peuvent être débattues, elles aussi? Leurs idéologues peuvent-ils descendre de leur chaire et expliquer à cette famille de Gatineau pourquoi Jean-Pierre n’aura pas accès à ce médicament qui a fait ses preuves et que le Québec refuse de rembourser, contrairement à l’Ontario (juste de l’autre côté de la rivière). Mauvais code postal.

    Dr Pierre Audet-Lapointe, président
    Nathalie Rodrigue, vice-présidente
    Coalition Priorité Cancer au Québec

    • 25 janv. 2012
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      Participation de NABIL OUAZZANI

      Commentaires publiés : 1

      Discussions publiées : Non disponible

      Par NABIL OUAZZANI
      (Participant occasionnel)

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      Il n'y a aucun doute selon moi que votre mission est humanitaire de votre côté. Mais, on sait tous que la compagnie privée n'a pas le même objectif.

      Les apparrences sont importantes. Il est difficile d'être à 100% objectif quand on est financé par le privé. Je vois mal quelqu'un agir dans le sens contraire de l'intérêt du pourvoyeur.

      On peut voir les choses autrement; dans le sens que cela ressemble à la théorie de l'agence dans une entreprise. Il y a l'équipe de direction, l'institution qui détient la dette et les actionnaires. Ils ont des objectifs différents. La théorie de l'agence analyse les relations de délégation et de contrôle établies entre les différents acteurs, notamment entre les propriétaires et les dirigeants d'une entreprise.


      Bonne chance de trouver l'équilibre dans votre cas.

    • 30 janv. 2012
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      Participation de JULIE GOBEIL

      Commentaires publiés : 22

      Discussions publiées : 1

      Par JULIE GOBEIL
      (Protégez-Vous)

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      Réponse de Marc-André Gagnon:

      La Coalition Priorité Cancer n’est pas une marionnette de l’industrie et elle reste formée de gens bien intentionnés. Toutefois, il ne faut pas sous-estimer l’effet pernicieux des conflits d’intérêts (voir «Marcher à contre-pas : le mouvement pour la protection de la santé au Canada et le financement par l’industrie pharmaceutique», par le groupe Action pour la protection de la santé des femmes http://www.whp-apsf.ca/pdf/corpFundingFR.pdf ).

      Mon texte expliquait de manière succincte en quoi le combat de la Coalition pour un meilleur accès aux médicaments était inefficace et que le meilleur moyen pour améliorer l’accès reste d’exiger des firmes qu’elles baissent leurs prix, comme elles le font dans les autres provinces par des ententes secrètes.

      Si la Coalition inclut cette dimension dans son combat pour un meilleur accès, elle risque toutefois de perdre annuellement plusieurs centaines de milliers de dollars de subventions provenant de l’industrie. La Coalition prétend que ses conflits d’intérêts n’entachent pas sa capacité décisionnelle à toujours prendre le parti des patients; qu’elle le prouve!

  • 22 janv. 2012
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    Participation de Robert Péloquin

    Commentaires publiés : 1

    Discussions publiées : Non disponible

    Par Robert Péloquin
    (Participant occasionnel)

    Commentaire pertinent Je trouve ce commentaire pertinent 12 )

    Bravo, enfin quelqu'un qui a le courage de dire les " vraies choses ". je suis entièrement d'accord avec votre propos.
    Robert Péloquin M.D.
    Hématologue et oncologue médical.

  • 22 janv. 2012
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    Participation de Maurice Gagnon

    Commentaires publiés : 2

    Discussions publiées : Non disponible

    Par Maurice Gagnon
    (Participant occasionnel)

    Commentaire pertinent Je trouve ce commentaire pertinent 7 )

    J'apprécie cette information. Elle nous aide à comprendre les enjeux. Il est toujours de valeur de voir des associations, dont l'objectif premier semble être la justice et l'équité, se faire complice de profiteurs.

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