Géant vert
Ces idées ne sont pas les seules à avoir germé dans l'esprit des fonctionnaires. En janvier 2006, malgré l’opposition de 70 % de la population, un projet-pilote de péage au centre-ville de Stockholm est instauré afin de désengorger les rues de la capitale et d’y rendre l’air un peu plus respirable.
Jusqu’en juillet 2006, les automobilistes ont dû payer de 1,75 à 9 $ pour y rouler.
Résultat? Une réduction de 22 % de la circulation ainsi qu’une baisse de 14 % des émissions de CO2 dans la ville. L’utilisation du transport en commun, elle, a fait un bond de 6 %!
De projet-pilote, le péage est devenu une réalité: ainsi, depuis août 2007, les automobilistes suédois doivent sortir leur portefeuille pour entrer dans le centre-ville de la capitale et en sortir. Le montant varie entre 10 et 20 couronnes (de 1,56 à 3,13 $) en fonction des horaires; des caméras enregistrent le passage des automobiles entre 6 h 30 et 18 h 29 du lundi au vendredi.
La zone couverte par le péage s'étend sur 34,5 km2, soit 18 % de la superficie du grand Stockholm. Environ 280 000 habitent dans ce secteur, qui réunit 60% des emplois de la ville.
«L’environnement est une grande préoccupation, acquiesce Carina Lundgren. En Suède, le principe de l’Allemansrätten — "droit d’accès commun" — veut que la nature appartienne à tout le monde.» Cette loi non écrite permet notamment au Suédois de cueillir n’importe quel champignon qu’il croise sur sa route ou de planter sa tente où bon lui semble.
D’autres exemples de cette idéologie verte? Au début de 1990, suivis de près par leur magazine de consommation, les Suédois ont boycotté en masse une populaire lessive en poudre nommée Via parce que son fabricant, Unilever, persistait à employer des ingrédients chimiques hautement polluants.
Aujourd’hui, presque toutes les lessives vendues au pays sont sans danger pour l’environnement... et Via n’a plus la cote.
Le carburant préoccupe aussi les autorités. Convaincu que la fin de l’or noir est tout près, le premier ministre sortant Göran Persson a mis sur pied, pendant qu’il était au pouvoir, un comité d’étude chargé de mettre fin à toute dépendance aux combustibles fossiles d’ici à 2020.
Les résultats se font déjà sentir: le pays consomme 40 % de moins de pétrole que dans les années 1970. Dans la province de Skåne chère à l’inspecteur Wallander des romans policiers de Henning Mankell, plusieurs éoliennes se dressent aux abords des terres agricoles, alors qu’un peu plus haut, dans la coquette ville de Växjö, les deux tiers du chauffage proviennent exclusivement des résidus forestiers.
À Linköping, de nombreux autobus et véhicules carburent au biogaz.
À Lund, petite ville universitaire du sud de la Suède (province de Skåne), la bicyclette est visiblement un moyen de transport des plus prisés!
Photo: Pierre Duchesneau